Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

l'ecriture

Virtuel - 5

Publié le par Michel Carlué

 

 

Fotolia 11984673 S-824x468

 

      LIENS

Virtuel - 1

Virtuel - 2

Virtuel - 3

Virtuel - 4

 

 

 

Il tenta de récapituler l'essentiel de ce qu'il avait retenu. En fait, pensa-t-il, le virtuel s'oppose à l'actuel, l'un étant sans existence réelle et l'autre parfaitement concret et tangible, les deux se contrariant dans l'instant. Ceci était parfaitement compréhensible.

 

Par contre, la théorie selon laquelle le possible s'oppose au réel lui paraissait peu nuancée et en bien des points improbable. Il n'osa pas tenter une démarche auprès de l'affriolante Encyclopédie afin de vérifier les dires de Wouikipédal. La belle eut trouvé son initiative osée après l'affront qu'il lui avait fait subir il y avait de cela peu de temps.

 

Peut-être existait-il une explication convaincante, qu'il n'avait pas su saisir, à propos de cette confrontation entre le réel et le possible ? En réfléchissant sereinement, en dehors de la fascination exercée par le mirobolant écran de l'orgueilleux Iproxenet, pourrait-il clarifier ses raisonnements ?

 

Iproxenet n'appréciait pas que l'on oublie de s'intéresser à lui et de délaisser son magnifique clavier "ultraslim" tout "alu". Il ne manqua pas de le signaler à son utilisateur en lui exprimant de manière vigoureuse que réfléchir c'était perdre son temps et qu’il était seul détenteur de l'efficacité et de la connaissance universelle. Sa puissante technologie et son impressionnant réseau de relations mondiales lui autorisaient toutes les audaces intellectuelles.

 

Arthur ne tint pas compte de ces déclarations prétentieuses et il se replia dans une attitude méditative au travers de laquelle Iproxenet ne pouvait plus interférer. Notre apprenti philosophe pensa qu'une profonde réflexion pourrait lui révéler ne serait-ce qu'une parcelle de vérité.

 

Ce qui est possible c'est effectivement l'idée que l'on peut se faire d'une éventuelle réalité à venir, se dit-il. Cette possibilité n'est envisageable qu'à partir d'éléments du réel dont on a la connaissance et que l'on maîtrise.

 

Par exemple, l'homme sait qu'il peut, avec les outils et le savoir-faire dont il dispose, remettre en état un jardin avant le grand réveil printanier. Seule une grande lassitude physique ou l'absence même d'un terrain à jardiner ainsi que celle des outils adaptés peuvent l'empêcher de passer à l'acte et de faire évoluer le possible en réalité cultivable et cultivée. De la même manière, un technicien en appareillage électroménager peut diagnostiquer l'origine d'une panne, envisager la possibilité de la réparation et se donner les moyens de l'effectuer.

 

Arthur se disait qu'il ne voyait pas, dans les deux exemples très simplistes qui lui venaient à l'esprit, de confrontation entre le possible et le réel. Tout au plus pouvait-il admettre que ce qui paraissait possible à un esprit humain rationnel n'était pas forcément réalisable.

 

Il reprit contact avec Iproxenet, qui ne manqua pas de marquer son mécontentement par un signal sonore de réactivation intempestif, et reconsidéra la phrase qu'il avait cru comprendre auparavant. 

 

Il y était dit : "Pour reprendre un exemple régulièrement cité, l'arbre est virtuellement présent dans la graine. Le virtuel est ce qui existe en puissance et non, en effet, de manière concrète mais agit par l'actualisation". Jusque là pas de problèmes, Arthur comprenait parfaitement cette explication comme il lui semblait déjà l'avoir comprise précédemment.

 

Mais après : "Ainsi le virtuel se distingue du possible dans ce qu'il n'est pas prédéterminé". Comment cela, comment peut-on prétendre qu'un embryon d'arbre contenant en lui même, au sens génétique, toutes les potentialités de son passage à l'état d'individu hautement différencié n'est pas prédéterminé ? Ce raisonnement est pour le moins abscons pensa Arthur. L'embryon de l'arbre logé dans la graine appartient au domaine du possible, j'en suis certain. Les éventualités qui l'empêcheraient de germer sont nombreuses, il est vrai. Cet embryon peut-être mal formé, il peut ne pas pouvoir s'hydrater et s'oxygéner correctement, il peut être attaqué par des parasites, il peut ne pas pouvoir se dégager de l'emprise du tégument de la graine, il peut être inhibé par des composés phénoliques appartenant à son enveloppe, etc, etc. Je prends en compte tout cela, mais considère tout de même que notre embryon, malgré les obstacles à sa germination, est prédéterminé à devenir un arbre et que cela entre dans le domaine du possible. Qui peut oser prétendre le contraire ?

 

Wouikipédal pouvait prétendre le contraire bien sûr ! " Ainsi le virtuel se distingue du possible dans ce qu'il n'est pas prédéterminé et, par conséquent, imprévisible, répondant à une multiplicité de paramètres". De qui se moquait-t-on se disait Arthur, ces considérations Wouikipédalesques étaient fantaisistes, la germination d'un arbre était prévisible, malgré les aléas.  Pouvait-on également considérer que la rencontre d'un ovule et d'un spermatozoïde, résultant d'un acte fusionnel entre la femme et l'homme ne conduisait pas à la possibilité d'une fécondation, avec pour finalité la procréation et l'arrivée d'un nouveau petit d'homme ? Mais bon, il était également vrai que la finalité d'une fusion amoureuse pouvait-être différente et intégrer la recherche du plaisir de l'autre associée à la sensualité infinie des préliminaires amoureux, sans oublier bien sûr l’apothéose en bouquet final de l’envol orgasmique.

 

Oui, tout cela appartenait également au domaine du possible et nécessitait une actualisation (cf Wouikipédal). Le concept de l'acte gratuit était très louable dans le domaine amoureux, n'en déplaisait aux éminences suprêmes de la Sainte Eglise Catholique et à leurs principes souvent malsains et éculés. Pouvait-on considérer qu'un acte amoureux appartenait à la virtualité à partir du moment où il n'était pas un acte à finalité reproductrice ? Arthur prenait délibérément le parti de l'acte gratuit.

 

 


Publié dans L'écriture

Partager cet article
Repost0

Il meurt lentement ...

Publié le par Michel Carlué

PabloNeruda

 

 

 

Il meurt lentement
celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n'écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver
grâce à ses yeux.

Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l'habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
de ses vêtements,
Ou qui ne parle jamais à un inconnu.

Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d'émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les coeurs blessés.

Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu'il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n'a fui les conseils sensés.

Vis maintenant!
Risque-toi aujourd'hui!
Agis tout de suite!
Ne te laisse pas mourir lentement!
Ne te prive pas d'être heureux!

Pablo Neruda

 



Publié dans L'écriture

Partager cet article
Repost0

Le Dialogue des Sourds

Publié le par Michel Carlué



Le Dialogue des Sourds

Publié le 21 mars 2012 par Chantal Ponroy

 

Extrait de Chroniques Libres

 

 

 


Comment le monde peut-il évoluer dans la paix et l’harmonie si nous sommes tous persuadés que notre modèle du monde est l’unique modèle à suivre ?


Cette évidence m’a sauté aux yeux -ou plutôt aux oreilles- dernièrement, après avoir entendu les réflexions des uns et des autres …


Si vous écoutez attentivement les conversations autour de vous, vous vous apercevrez très vite que nous pratiquons très souvent le dialogue de sourds. Chacun veut s’exprimer, ce qui est très bien, mais peu de personnes écoutent l’autre. En fait, si vous observez bien, vous vous rendrez compte que plutôt que d’écouter nous cherchons à convaincre.


Et, bien sûr, notre façon de vivre est toujours la référence à suivre ! C’est ainsi, par exemple, que celui qui vit seul voudrait que tous les autres le fassent. Au moindre petit agacement dont vous allez faire preuve face à votre compagne ou compagnon, hop ! cette personne va vous susurrez : «Tu devrais te séparer, prendre un peu de distance, faire un voyage tout seul, etc …».


Cet exemple peut se dupliquer à l’infini !
  • Ceux qui ont des enfants pensent qu’il FAUT faire des enfants tandis que ceux qui n’en ont pas se demandent POURQUOI il faudrait en faire et ils s’étendent allègrement sur tous les inconvénients d’avoir de charmants bambins.
  • Bien sûr, ceux qui voyagent ne comprennent pas que l’on puisse passer ses vacances bien tranquillement chez soi alors que ces derniers traitent d’agités et d’instables tous ceux qui aiment voyager.
  • Les gens malheureux, bien souvent, vous mettent en garde -si vous arrivez avec un grand sourire- sur l’éphémère bonheur et les personnes heureuses ne comprennent pas pourquoi les autres ne le sont pas : c’est si facile, n’est-ce pas ?
  • Les amoureux de la nature prêchent le grand air tandis que les intellectuels regardent de haut tous ceux qui ne s’éclatent pas dans les livres.
  • Et il y a ceux qui voudraient supprimer la télé, alors que les autres puisent un grand plaisir à la regarder. 
  • Il y a les adeptes du sport, de la pêche, de la chasse, du golf, du bridge, des associations, les fans des animaux et ceux qui ne les supportent pas chez eux, les accros à l’ordi, ceux qui ne veulent même pas en entendre parler. N’oublions pas les amoureux du téléphone, opposés aux allergiques au même téléphone ! Il y a ceux qui ne peuvent vivre sans yoga et d’autres sans prendre de bain tous les jours : «Tu es si tendue ! Tu devrais prendre un bain …» Oui, mais … il y a ceux qui n’aiment pas faire trempette dans l’eau et qui se ressourcent les mains dans la terre !!! 


Bref, les exemples sont bien trop nombreux pour tous les nommer et je pense que vous avez compris ce que je voulais dire …


Il y a donc ceux qui pensent ceci et les autres qui pensent cela. Où est le problème me direz-vous ? Et bien, justement, il ne devrait pas y en avoir ! Car la richesse de la vie vient de sa diversité : nous sommes tous uniques et, donc, nous avons chacun un modèle du monde unique. C’est pourquoi nous pouvons tant apprendre les uns des autres. 


Ecouter les autres, leurs avis, leurs façons de vivre, leurs conseils nous enrichit. Parfois se glisse d’ailleurs un conseil avisé qui va nous aider ! Cela se complique lorsque nous voulons convaincre à tout prix. Du coup, nous oublions «d’écouter» l’autre et ses différences.


C’est finalement toute la différence entre «proposer» et «imposer» … C’est aussi toute la différence entre «accepter» l’autre et le «juger» !


«Accepter» l’autre, c’est savoir entendre ce qu’il nous dit et se poser la question : «Qu’est ce qu’il veut me dire ?». «Juger» l’autre, c’est penser que sa façon de faire, si différente de la nôtre, n’est pas la bonne et tenter de le convaincre de faire comme nous.


Bien sûr, nous écoutons les autres avec notre filtre personnel. Et nos conseils ne sont jamais impartiaux. Nous ne pouvons que «tendre vers», faire de notre mieux pour entendre l’autre dans sa différence et accepter cette différence comme une possibilité de nous enrichir mutuellement. Toutefois, le plus souvent, nous voulons plutôt amener l’autre là où nous sommes que l’écouter vraiment. Et nous sommes même de bonne foi : nous sommes persuadés que ce qui est bon et juste pour nous l’est aussi pour l’autre …

 


Mais il y peut-être une solution ! Pour être moins sourds aux paroles des autres et cesser de vouloir les convaincre à tout prix que nos idées et nos goûts lui conviendraient autant qu’à nous, ouvrons les oreilles du coeur : elles sauront entendre ce que nous dit vraiment le coeur de l’autre …

 

 

 

 

 


 

Publié dans L'écriture

Partager cet article
Repost0

"Virtuel" : résumé des épisodes précédents

Publié le par Michel Carlué

 

 

 

Pbase_MG_5880_out.jpg

 

 

 

Arthur Rambaud est ingénieur à la LCC (Lignous Chemical Company), à Lixhorn. Il vient de se faire "larguer" par sa compagne Chamira, informaticienne. Elle lui reprochait de l'avoir sacrifié à son travail. Le remord torture Arthur et il envisage l'éventualité angoissante de se trouver confronté à une rupture irréversible. La solitude lui pèse affreusement, ne va-t-il pas finir par céder, afin de meubler ce vide obsédant, aux sirènes des relations virtuelles via internet et ses messageries instantanées ?

Arthur amorce alors une réflexion approfondie à propos du sens du terme virtualité. Il en ressent une grande fatigue, aucune certitude n'émerge clairement de ce cheminement intellectuel. Pire que cela, il se demande au bout du compte si les mots réalité et virtualité ont encore un sens. Il se résout enfin à sortir de sa réflexion et du délire existentiel qu'elle a engendré.

J'oubliais : Arthur et Chamira ont deux enfants. Sarah, leur fille, s'est expatriée en Australie pour des raisons professionnelles. Elle y vit confortablement, certes, mais totalement isolée de ses racines     familiales et de ses relations amicales. Merlin, leur fils, est encore étudiant et  entretient d'excellents rapports avec son père.

 

 

***

 

Marc Deucafais est un scientifique responsable de l'unité recherche-développement de la LCC. C'est un ami intime et également un collègue d'Arthur. Il mène apparemment une vie familiale sans histoire avec son épouse Judith, assistance d'édition. Ils ont deux enfants, Mathieu et Chédid qui constituent le sel de leur vie. Mais la situation familiale de Marc n'est pas aussi paisible et sereine qu'elle ne le parait. Marc est miné par son travail qui le prive peu à peu de ses moments d'intimité, de détente et d'épanouissement familial. L'ordinateur portable s'installe à la maison et il devient l'instrument pervers du prolongement de son activité professionnelle dans le cadre familial. Les soirées se passent sans Marc qui s'isole dans son bureau. Le surmenage l'atteint de plein fouet, son sommeil est perturbé et ses réveils sont peuplés de cauchemars et de symptômes d'agitation inquiétants.  

Son travail à la LCC lui devient insupportable et il éprouve le besoin vital de se servir de son ordinateur de bureau comme d'une échappatoire en l'utilisant à des fins non professionnelles. Il envisage alors de prospecter l'univers des blogs et des blogueurs. C'est ainsi qu'il découvre le blog "en vie". La qualité photographique et la douce poésie qui émane de son contenu exercent sur lui un puissant pouvoir d'attraction. Marc n'a qu'une hâte, réintégrer la maison pour mieux se plonger dans les délices exploratoires de la blogosphère. C'est sur ces entrefaites qu'Arthur accompagné de Geneviève, la secrétaire de l'unité, alertés par la fatigue et le surmenage évidents du responsable de l'équipe, lui suggèrent de rentrer chez lui afin de se reposer. La coïncidence entre le souhait d'évasion de Marc et l'attention bienveillante de ses collaborateurs tombe fort à propos. Marc rentrera précocement de son travail cet après-midi.

 

 

***

 

Arthur trouve dans le cadre de son activité professionnelle un dérivatif salutaire à ses problèmes sentimentaux. Il s'y plonge avec délectation et prolonge fort tard ces journées de travail. Il appréhende de se retrouver seul le soir dans son petit appartement de Lixhorn, dans le quartier populaire de Beaubeige, face à ses interrogations angoissantes et à sa solitude. Pourquoi ne pas se laisser tenter par une exploration des messageries instantanées et amorcer un semblant de dialogue avec une personne inconnue, malgré le handicap de la virtualité  ?

 

 

***

 

Chamira a vécu une enfance et une adolescence surprotégées. Sa liberté a été très surveillée. La jeune fille a été privée des plaisirs intenses et délicieux des premières découvertes amoureuses. C'est à son arrivée à l'âge adulte que l'heure de son émancipation a sonné. Elle a décidé de prendre sa liberté et de s'affranchir de la cohabitation parentale. Son père et sa mère n'ont pas accepté facilement, mais elle a tenu bon.

Sa vie d'étudiante en informatique a été très active, partagée entre ses études et son travail de surveillante d'externat dans un collège. Elle connut Arthur à cette période. Les circonstances de leur première rencontre furent peu académiques et marquées par une forte animosité. Ce conflit évolua en passion amoureuse au moment même où ils en venaient aux mains. C'est donc avec Arthur que Chamira découvrit l'amour physique.

 

 

***

 

Marc rentre du travail très tôt, dès la fin de cette matinée, cela ne lui était jamais arrivé auparavant. Il repense avec nostalgie au temps du bonheur en franchissant le portail d'entrée. Il lui parait évident que tout cela est révolu, qu'il se trouve dans l'incapacité de s'abandonner aux joies simples de sa vie familiale et que le jardin, qu'il avait conçu avec passion et opiniâtreté, le laisse totalement indifférent.

 

Par contre, il est irrésistiblement et anormalement attiré par son bureau. Son ordinateur est là et il pourra, par son intermédiaire, contempler à nouveau le blog magique et ouvrir la porte du rêve et des fantasmes. Il va donc passer son après-midi à tenter de découvrir qui se cache derrière la tendre poésie de cette création virtuelle originale.

Cette approche lui parait dans un premier temps difficile et assez assimilable à la démarche expérimentale des jeunes chercheurs dont il a la responsabilité. Il se sent un peu désarmé dans un contexte qui lui est étranger. Marc comprend très vite que la première étape efficace consiste à prendre contact avec l'auteure du blog. Il lui laisse donc un message très conventionnel, juste pour lui signaler son passage et lui faire part de son intérêt pour ce qu'elle édite.

L'idée de réaliser par lui même un blog lui semble parfaite pour établir ensuite des contacts réguliers et échanger des points de vue sur des thèmes d'intérêts communs avec cette inconnue, sans être pour autant suspecté de la draguer effrontément.

Le blog de Marc se nommera "même pas mort" pour établir un lien avec "en vie" et attirer ainsi l'attention de son interlocutrice potentielle. Le design sera à l'opposé de celui du blog de "son inconnue", la teinte de fond sera claire et il adoptera le pseudonyme de "Bracciodiferro". Ses centres d'intérêt affichés seront limités à la photographie, à la musique et à la lecture. Marc ne fera absolument aucune allusion à son activité professionnelle. Le choix d'un avatar sera simple, il aura une tête de clown, d'un auguste plus précisément, cela lui ira bien.

 

 

***

 

Judith part de la maison pour rejoindre sa maison d'édition. Elle est très inquiète à propos de l'équilibre psychologique de Marc. Elle a pleinement conscience de l'altération du comportement de son époux, de son désintérêt progressif pour tout ce qui le passionnait il y a encore peu de temps : elle même, ses enfants, la musique, le jardin, la randonnée et la photographie. 

Lors d'une récente rencontre, Chamira et Judith ont longuement conversé au sujet de leurs problèmes conjugaux respectifs. Judith est persuadée que le surmenage de Marc est seul responsable de l'altération de son comportement. Elle n'envisage pas un seul instant que l'usure de leur couple puisse en être la cause.

 

Judith est assistante d'édition à la société Freebook, son travail n'est pas de tout repos il se partage entre les ouvrages à lire, les entretiens avec les auteurs et les réunions des comités de lecture. Elle se trouve dans l'indécision au moment d'entamer sa journée de travail et a du mal à définir ses priorités. C'est alors que son regard tombe sur un manuscrit à couverture bleu. L'auteur de cet ouvrage y aborde le sujet de la virtualité et de son impact sur nos vies. Elle en entame la lecture et le trouve intéressant. Il s'agit d'un recueil de nouvelles. L'une d'entre-elles la trouble et lui fait penser à la dérive actuelle de son époux, mais elle trouve immédiatement des arguments positifs pour tempérer ses doutes.

Elle repense soudainement qu'elle doit téléphoner à Arthur pour lui demander son avis sur Marc. Arthur ne la rassure pas, loin de là. Il lui décrit les attitudes déconcertantes de son ami dans le cadre de son activité professionnelle, son comportement parfois agressif, sa non implication dans les problèmes relationnels qui ne manquent pas de se poser dans l'équipe, sa lassitude très apparente.

Judith est dérangée dans son entretien par un coup de fil de Jacques Addict, le chef de fabrication, qu'elle n'apprécie que très peu. Encore un problème d'ouvrage jugé trop épais et donc non rentable vu les surcoûts de fabrication, d'emballage et de frais de transport. Il faudrait l'alléger en supprimant dix pages, bonjour les problèmes avec l'auteur ! 

 

 

***

 

 

Arthur rentre chez lui, dans son appartement de la cité des lilas. Il se prépare un café et s'accorde enfin un moment de détente. Il tente de vider son esprit des sombres pensées qui l'assaillent. Mais, inéluctablement, l'absence de Chamira s'impose douloureusement à lui et il se met à réfléchir à propos des raisons qui pourraient être la cause de son départ. Une évidence se fait jour, il n'a le plus souvent perçu dans Chamira qu'une enveloppe charnelle infiniment désirable, s'est-il vraiment intéressé à ses aspirations profondes, à ses sentiments, à sa conception du bonheur ? La réponse est non, Arthur en prend clairement conscience  en un instant. Cet éclair de lucidité le laisse littéralement groggy.

C'est machinalement et un peu par tristesse et désoeuvrement qu'Arthur se dirige vers son ordinateur dont il espère je ne sais quel miracle qui lui permettrait d'effacer ses sombres pensées. L'idée de se lancer dans les arcanes des messageries instantanées se fait à nouveau jour. La messagerie JRN fait l'affaire, son pseudo sera Lancelot, son périmètre de recherche se cantonnera en Auvergne et en Limousin, il sera un homme, bien évidemment.

Floriane est son premier contact, son mari est fan de foot, elle ne l'est pas du tout et recherche manifestement des rapports sexués avec un homme qui préfère le sport en chambre aux joies du stade. Arthur abrège le contact, ce n'est pas exactement le type de rencontre qu'il souhaiterait ce soir. Il doit changer de pseudonyme pour ne pas être relancé par Floriane, il sera cette fois Dulac pour garder une filiation avec Lancelot.

Il prend l'initiative de contacter Edame et s'aperçoit très vite que ce contact ne sera pas fructueux. Son interlocutrice est en quête de l'amour vrai, sincère alors qu'Arthur souhaite simplement discuter un peu et se changer les idées. Edame est une amoureuse des chats. Ils comptent nettement plus pour elle que la gent masculine. La messagerie JRN laisse à Arthur la possibilité d'inhiber son interlocutrice, cela lui évitera de changer à nouveau de pseudonyme, il ne s'en prive pas et Edame passe à la trappe.

L'ingénieur se demande s'il doit continuer son exploration, n'y a-t-il sur cette messagerie que des minables ? Mais il réagit très vite et prend conscience que ses sentiments de supériorité mêlés d'un certain mépris pour ses interlocutrices ne sont pas fondés et particulièrement injustes. Que fait-il lui aussi, bêtement assis à son bureau ? Rien de moins et rien de plus que celles avec lesquelles il tente d'établir un dialogue. Il est également en errance, il doit se remettre en cause, se percevoir tel qu'il est réellement, c'est à dire comme un homme en situation d'échec amoureux dont il est le seul responsable. Arthur doit faire impérativement un effort de tolérance et manifester une attention sincère envers les autres.

Tiens voila le pseudonyme Ariane, il me plait beaucoup malgré sa connotation fusée de l'espace. Je me laisse aller à mes intuitions et je la contacte, ça va me changer des raisonnements analytiques rigoureux qui constituent le lot quotidien de mon travail scientifique. A la question rituelle "Comment allez vous ?" Ariane répond que cela va mieux que si c'était pire .... Arthur apprend que son interlocutrice est atteinte de sclérose en plaque, que son compagnon l'a quitté par peur des responsabilités futures et que sa maladie incurable l'handicape un peu plus chaque jour. Elle trouve néanmoins le courage de questionner Arthur sur sa vie, sur ses problèmes, elle prend le temps de chercher à comprendre pourquoi il en est arrivé là. Arthur se confie, lui dévoile ses erreurs et ses faiblesses, sans rien déguiser. 

Ariane lui explique que la virtualité des blogs constitue pour elle un moyen d'échapper à son handicap et de se constituer un réseau amical. Elle a toujours été attirée par l'écriture et rédiger des articles sur un blog lui permet de réaliser ce rêve avant qu'il ne soit trop tard. Le thème de ses articles est en rapport avec l'amour et la maladie, une "Love Story" en quelque sorte. Mais l'héroïne malade ne révèle rien de sa maladie à son amant. Elle préfère rompre avant que les premiers symptômes de sa dégradation physique ne soient perceptibles. 

 

 

Voilà, je crois que j'ai résumé l'essentiel de ce que j'ai pu écrire dans la série des "virtuels". J'envisage de poursuivre ce travail d'écriture et éventuellement de le partager sur "Regards".

 


A très bientôt 

 


Bien cordialement à tous, sans aucune exception :-)


 

Michel

 

 

 

Pbase_MG_5892_out.jpg

 

 

 

Publié dans L'écriture

Partager cet article
Repost0

Virtuel 30 Arthur : les divagations

Publié le par Michel Carlué

 

- Mon comportement vis à vis de ma compagne avait assez rapidement glissé vers ce que l'on pourrait nommer une sorte d'indifférence. Je crois que c'est le mot le mieux adapté. Je ne là regardais plus. Je finissais par ne plus avoir aucune attention pour elle. J'étais devenir un mur auquel elle se heurtait en se blessant de plus en plus cruellement.


mur-pierre-seche

 

 

- Vous ne vous parliez plus ?

 

- Oui c'est aussi cela, nous n'échangions plus rien à propos de nos enfants, du travail, des actualités politiques, des évènements sociaux et culturels. En fait, je suis maintenant persuadé que j'en ai été le seul responsable. Je prends actuellement conscience que ma compagne m'avait souvent sollicité pour rétablir un contact qu'elle devait ressentir comme de plus en plus ténu. Mes réponses froides et succinctes à ses tentatives réitérées l'avaient finalement découragée.

 


796215924

 

 

- Vous n'aviez plus de rapports affectueux et amoureux ?


- Pour parler franchement je dirais oui. J'avais oublié les gestes de tendresse, les caresses, les paroles douces et réconfortantes qui entretiennent l'amour. J'avais également tué mon désir d'elle. Nous avions finalement adopté une attitude détachée l'un vis à vis de l'autre, moi par égoïsme, focalisé que j'étais sur ma personne et ma volonté de réussite professionnelle et elle profondément affligée par mon attitude de plus en plus distante.


48208881 m

 

 

- L'histoire de votre couple est douloureuse mais terriblement banale et d'actualité, par les temps qui courent.


- Ariane, je crois que j'ai suffisamment parlé de mes problèmes. Ils ne sont finalement pas grand chose par rapport aux vôtres. Puis-je me permettre une question très directe et voire même abrupte : comment vivez vous le fait d'avoir une terrible menace suspendue au dessus de la tête ?

 

 

loup agr

 

 

- Je tente de détourner le plus possible mon attention de cette maladie incurable. Je me dis que je risque d'être plongée assez rapidement dans un état de totale dépendance. Je me persuade que chaque instant de ma vie actuelle doit être vécu avec intensité, comme si c'était le dernier. Alors, comme je ne peux plus me déplacer comme je le souhaiterais, je me suis tout naturellement tournée vers une activité que j'avais toujours rêvée de pratiquer sans jamais en avoir eu le temps : l'écriture. Ma profession de bibliothécaire me prédisposait à cela, vous comprenez ?

 


écriture

 

 

- Je comprends très bien, l'évasion par la création littéraire, ce que vous ne pouvez faire à l'aide de votre corps défaillant vous le réalisez à la force de votre mental, c'est cela ?


- Oui j'écris au jour le jour, je publie mes articles sur un blog. Ils intéressent un petit nombre de personnes sincères et qui me comprennent. Je récolte quelques commentaires sympathiques. Ils m'aident à surmonter les phases les plus critiques de ma fragile existence. La virtualité a du bon pour moi. Elle devient un peu l'équivalent de ce que pourrait-être un jour la téléportation, elle me permet d'aller vers les autres alors que j'en suis physiquement peu capable.

 

 

teleport

 

 

- Quel thème abordez vous dans votre récit ?


- J'écris une histoire qui pourrait être la mienne. Celle d'une jeune femme gravement atteinte dans son corps. Elle tombe amoureuse et cache à celui qu'elle aime, tant que cela lui est possible, la terrible fatalité qui la menace. Elle vit une histoire d'amour brûlante, passionnée et en quelque sorte désespérée. Elle est seule à percevoir l'aspect dramatique de la situation. Mon récit pourrait s'apparenter au scénario du film "Love Story" à la différence que l'héroïne de mon texte romancé ne voudra pas infliger à l'homme qu'elle aime l'image de sa déchéance physique. Elle rompra délibérément avec lui avant qu'il ne soit trop tard, quitte à donner une image négative d'elle même à l'être qu'elle chérit. 

 


lovestory

 

 

Voila, je suis allée assez loin dans les détails, je n'avais que très rarement écrit des messages aussi longs. Dulac, c'est votre nom ?


- Certainement pas, j'ai beau être totalement béotien en matière de messagerie instantanée, je n'aurais jamais utilisé mon vrai nom. Dulac c'est Lancelot du Lac, vous comprenez la subtilité ?


- Votre nom est Lancelot ?


- Non pas du tout, mais par contre Lancelot était mon premier pseudo sur JRN, ne cherchez pas à comprendre, c'est parfaitement idiot. En fait mon vrai prénom est Arthur.


- Je vois, vous êtes donc à la quête de votre Graal.

 

 

graal-copie-1

 

 

- Oui, en quelque sorte, je suis à la recherche du fil d'Ariane conducteur de ma vie, je me suis égaré dans un labyrinthe obscur et qui me semble inextricable. 

 

 

oekaki 36995 0

 

 

- Le fil d'Ariane, très drôle, mais je n'ai aucune ligne de conduite à vous proposer. J'ai déjà suffisamment de difficultés avec ma pauvre enveloppe corporelle. Je vais être obligé de vous quitter, mon portable se manifeste bruyamment à mon attention. Merci beaucoup pour cette conversation très agréable et sincère, c'est tellement rare ici. 


- C'est moi qui vous remercie Ariane, vous ne pouvez imaginer à quel point ce dialogue m'a fait du bien. Vous gardez toujours le même pseudo ? 


- Oui bien sûr, ne vous inquiétez donc pas. Si je ne me manifeste plus sur le tchat c'est que la maladie m'aura définitivement rattrapée. Mais je vais me battre pied à pied, soyez en certain.

 

 

mort2kc4

 

 

- Battez vous Ariane, ne lui faîtes aucun cadeau. Je vous embrasse, à bientôt.

 

 

 

Publié dans L'écriture

Partager cet article
Repost0

Virtuel 29 Arthur : les divagations

Publié le par Michel Carlué

 

Cette première approche de l'univers des messageries instantanées n'avait pas convaincue Arthur. Pouvait-il en espérer des dialogues cordiaux, intelligents et réconfortants ? Sa première interlocutrice détestait le football et aurait été nettement plus intéressée par des jeux de mains sans l'obligation d'utiliser un ballon. La seconde était en quête d'un compagnon très tolérant aux félidés, celui là constituerait très probablement l'amour de sa vie, après les chats bien évidemment. Etait-il vraiment nécessaire de poursuivre plus loin cette exploration ? 

 

 

carte-exploration

 

 

L'ingénieur eut un sursaut de lucidité et se demanda si ses jugements n'étaient pas empreints d'une grande arrogance. Pourquoi considérait-il les autres tchateurs avec autant d'ironie condescendante ? N'était-il pas dans la même situation que les personnes qui fréquentaient cette messagerie instantanée ? Elles recherchaient une possibilité de dialogue afin de rompre leur solitude. Elles étaient désespérément en quête de ce qui pourrait redonner un sens à leur vie, comme lui.

 

 

dialogue-bulles

 

 

Pourquoi Arthur ne se remettait-il pas en cause ? N'était-il pas aussi paumé que les autres utilisateurs du tchat ? S'il se regardait dans un miroir avec un minimum de lucidité, qu'y verrait-il ? Il y découvrirait un homme de 45 ans, pétri de certitudes, convaincu de l'importance de son rôle dans la société, de la valeur de son travail et de la nécessité de s'y investir totalement en rejetant avec vigueur tout ce qui pourrait entraver son parcours.

 

Cet homme orgueilleux et égocentrique se retrouvait seul dans son petit appartement, assis idiotement devant un écran d'ordinateur et un clavier dont il attendait je ne sais quel miracle. Il se sentait terriblement minable et en même temps solidaire de ceux dont il se moquait avec impudence quelques instants auparavant. Arthur ressentait avec acuité le besoin impératif de reconsidérer sa façon de percevoir les autres. Il était urgent, à 45 ans, d'apprendre à regarder et à écouter et à non pas seulement se contenter de voir et d'entendre, comme il le faisait habituellement.

 

 

david-ear-s

 

 

- Bonjour Ariane, comment allez vous ?

- Pas terrible, mais tout de même mieux que si c'était pire.

- Que vous arrive-t-il ?

- Je ne sais pas si ma situation mérite d'être décrite, elle peut inciter un dépressif à se suicider.

- Expliquez moi un peu si vous le souhaitez ?

- Je suis seule depuis maintenant deux ans, mon ami m'a laissé tombé dès qu'il a appris la gravité de mon état. Les responsabilités à venir lui ont fait peur et l'idée de ma future dégradation lui a peut-être été insupportable. Je lui donne des excuses, mais en a-t-il vraiment ? Je suis atteinte de sclérose en plaque et chaque nouvelle poussée me dégrade un peu plus.


 

nerf

 

 

- Vous pouvez vous déplacer ?

- Oui mais de plus en plus difficilement. Je n'ose plus trop m'aventurer dans la rue et je ne m'y risque que lorsque cela est vraiment nécessaire. Le neurologue m'a fortement déconseillé de conduire ma voiture. Je pourrais en effet constituer un danger pour les autres si une poussée soudaine, aggravée par l'angoisse, venait à altérer mes réflexes et ma motricité.

- Vous ne travaillez plus, j'imagine ?

- Oui, j'ai dû arrêter mon activité de bibliothécaire depuis maintenant un an .

- Et des amis, vous en avez ?

- Heureusement que oui, mais un grand nombre de ceux qui se disaient mes amis se sont très rapidement éloignés de moi quand ils ont pris connaissance de ma maladie. J'ai au moins acquis la certitude que seuls ceux qui restent sont vraiment mes amis.  Et vous ?

 

 

coloriage-boule-bill-amis.gif

 

 

- Moi ? Je n'ai pas grand chose à vous dire Ariane, si ce n'est que ma compagne m'a quitté, mais que, contrairement à ce qui vous est arrivé, son attitude était parfaitement justifiée, j'ai pris conscience, depuis peu, de la monstruosité de mon comportement.

- Mais pourquoi donc son départ était-il justifié ? Vous n'êtes pas obligé de me répondre.

 

Arthur fut ému. Le fait qu'une personne gravement malade puisse néanmoins témoigner un vif intérêt aux aléas psychologiques d'un homme en bonne santé le touchait au plus profond de lui-même. Il n'avait jamais été particulièrement intéressé par les problèmes d'ordre privé rencontrés par ses collaborateurs, sauf lorsqu'ils influençaient négativement l'activité du secteur Recherche et Développement de la LCC.

 

 

-Users-guitmiemaldonado-Desktop-manray

 

 

 


 

Publié dans L'écriture

Partager cet article
Repost0

L'identité nationale

Publié le par Michel Carlué

Une sirène hurlante et un rugissement de moteur assourdissant, un motard me double, me fait un signe impératif. Je m'arrête sur le bas côté de la route. Je crains le pire, il s'agit d'un inspecteur de l'identité nationale facilement reconnaissable à son casque rouge, son blouson blanc et son pantalon bleu.

- Descendez immédiatement du véhicule, mains sur la nuque.

J'obéis en prenant soin d'éviter de lui adresser le moindre regard qui pourrait être interprété comme provocateur.

- Contrôle de routine, ou se trouve votre dossier national ?

- Dans le coffre de la voiture.

- Passez moi votre clef de véhicule.

- Bien Monsieur l'inspecteur, là voilà.

- Arrières grands parents d'origine Tchébétique, je vois ça ?

- Oui Monsieur, du côté de ma famille maternelle, mais c'était il y a très longtemps, je ne crois pas être le seul dans ce cas et même le chef suprême de notre pat .....

- Ta gueule connard, continue et je t'électroparalyse. Pourquoi as-tu  omis de te présenter à ton contrôle annuel de réactualision du fichier informatique national auprès de nos services ?

Son tutoyement et ses propos insultants à mon égard ne me rassuraient pas du tout. Je devenais manifestement un suspect voire même plus probablement un coupable.

- Mon épouse est gravement malade, j'avoue que cela me déstabilise profondément depuis quelques mois, j'ai oublié.

- Tu as commis là une infraction grave au code suprême de la Nation, sale métèque, tu es mûr pour "l'Examen Immédiat". 

Je savais cette épreuve particulièrement pénible, un collègue de travail avaient eu les pires ennuis à ce propos, je ne l'avais plus revu depuis longtemps, sans trop comprendre quelle en était la raison.

- Je te pose un certain nombre de questions, tu n'as pas le droit à l'erreur, ton identité nationale est déjà suffisamment suspecte, face de taré !

- Oui Monsieur l'inspecteur, je comprends.

-  Cite moi l'intégralité des paroles de notre hymne national de contrôle : "Honneur, Gloire, Patrie, Chômage et Sacrifice" ?

- Je vais essayer, je le connaissais par coeur il n'y a pas si longtemps, mais avec l'âge ma mémoire défaille souvent et je doute de pouvoir vous en restituer les propos intégralement et sans erreurs.

- Si tu me dis que tu vas essayer, pauvre débile, il est inutile de poursuivre les épreuves de "l'Examen Immédiat" plus avant, un Rigorien irréprochable ne doit pas douter de lui à ce sujet, c'est infiniment regrettable pour toi. Il est vrai que les Tchébétiques, ces dégénérés, sont connus pour leur esprit contestataire et donc malfaisant. Ils n'adhèrent jamais spontanément au mouvement de "l'Unification Massivement Populiste" et ont des affinités suspectes pour la musique et les arts plastiques.

- Je pense sincèrement appartenir à la nationalité Rigoricaine Monsieur l'inspecteur. Depuis le temps ....

- La législation a changé récemment abruti, toute corruption de la pureté nationale, aussi ancienne soit-elle, porte atteinte au statut de Rigoricain  certifié, l'effet rétroactif est immédiat. Tu devrais le savoir, un citoyen de Rigorie est censé ne pas ignorer la loi. Je contacte immédiatement le centre décisionnel, ne bouge pas, mets tes mains sur la nuque et ferme là !

Mon angoisse devint très forte, Maria était malade, elle avait perdu en cette période de crise son emploi de chômeuse à temps partiel. Je redoutais les conséquences de ce contrôle inopiné. Mon internement d'office dans un camp de désintégration nationale m'emmènerait inéluctablement à un retour forcé au pays de mes lointains ancêtres, sans aucune possibilité de retour. D'horribles tremblements secouèrent tout mon corps.

C'est à ce moment particulièrement critique de mon existence que je tombais du lit en me réveillant.


Petite fiction dédiée tout spécialement à Riec Senobs,
mon ami Tchébétique aujourd'hui disparu :-(
M.C.



Sarkostique.com



Publié dans L'écriture

Partager cet article
Repost0

Traders vertueux

Publié le par Michel Carlué

Bonjour à tous,
Vous trouverez dans cet article une réflexion à chaud à propos d'un sujet abordé lors d'une diffusion télévisée récente dont le sujet était plus que brûlant d'actualité. Je reviendrais vite à la photographie par la suite.

J'ai regardé l'émission d'Arte consacrée aux banques et au système financier auxquels nous sommes soumis actuellement. Les deux invités étaient des traders "vertueux" et hautement qualifiés. Leur analyse de la situation a été tellement déroutante et édifiante que le journaliste chargé d'animer le débat s'est franchement demandé si le téléspectateur moyen pouvait y comprendre quelque chose, lui même avouant ses limites en la matière. 

Pour ma part je retiens de ce contexte effarant que :


- les banques sont responsables, non seulement de la crise financière, mais également de la crise économique qui génère du chômage et une misère sociale qui se propage à n'en plus finir;
- les pratiques bancaires véreuses sont connues des états depuis longtemps, qu'ils ont laissé faire, le seul véritable soutien d'un pouvoir politique étant celui de l'argent ;
- les aides financières très généreuses octroyées par les états aux banques et qui ont permis leur survie n'ont pas été accompagnées de l'exercice d'un droit de regard sur leurs activités, tout du moins en France;
- les banques, une fois renflouées et sorties de l'ornière comme c'est le cas actuellement, rechignent à aider les petites et moyennes entreprises qui en ont fortement besoin;
- les banques ont pour politique de conseiller de façon très spéciale les "petits " clients, crédules et non avertis, en matière de placement (Natixis par exemple);
- les pratiques bancaires sont actuellement tournées majoritairement vers des orientations spéculatives et que la part de l'aide aux investissements des entreprises y est très réduite;
- la City de Londres est au coeur de ces turpitudes ultra-libérales;
- là plupart des pays se trouvent actuellement dans une situation économique équivalente à celle d'un couple en sur-endettement (rien de moins);
 - la notion de croissance économique ne veut plus rien dire si l'on considère qu'elle est également synonyme d'accroissement de l'endettement;
- le grand emprunt, projeté par nos politiciens nationaux très inspirés, est une pure imbécillité ayant pour conséquence inéluctable d'aggraver durablement et significativement le déficit de l'état;
- les bénéfices dégagés par les banques ces derniers mois sont énormes et les bonus alloués aux traders en ces circonstances ne le sont pas moins;
- la solution à cette dérive catastrophique serait de remettre les compteurs à zéro à l'échelle étatique et internationale, d'effacer les dettes et d'avoir alors la volonté de moraliser véritablement ces pratiques perverses.

Bonne soirée à tous et bonne nuit

 

 

Publié dans L'écriture

Partager cet article
Repost0