Vérité et photo

par Michel Carlué  -  16 Décembre 2010, 17:49  -  #Technique photographique

      

Vérité et photo

 

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Cartier-Bresson

 

 

Article publié dans réponses photo - n°225 décembre 2010


 

Rédacteur en chef de la revue des photo-clubs France Photographie et très investi dans la promotion du travail d'auteur, Philippe Litzler s'exprime ici à titre personnel sur une question fortement d'actualité.

 

Une photo est-elle le reflet de la réalité ? L'historien André Rouillé déjà, dans son livre magistral La photographie signale que l'arrivée de la photo digitale pose un problème philosophique. En effet, avec l'image argentique on obtenait une "réflexion" de la réalité sur le film, alors qu'avec les capteurs actuels ce sont des algorithmes qui recalculent ce qui constitue la vision du photographe. Donc d'un côté une représentation physique du monde, c'est à dire une illustration vraie, de l'autre une interprétation mathématique, qui ira en s'amplifiant au fil des post-traitements. D'où l'inquiétude de certains qui ne peuvent plus considérer une photographie comme une preuve ou comme un reflet de la réalité. Ceux qui sont concernés en premier sont les policiers et les juges, et aussi les architectes ou urbanistes, sans compter les organisateurs de concours "'Nature" où chaque animal est censé avoir été "pris" dans son biotope naturel, sans aucune manipulation. Les militaires et agents secrets, quant à eux, ne sont pas encore venus afficher leurs doléances sur la place publique ! Evidemment la question - au regard du droit -  est ambiguë mais il s'agit là d'un faux débat. En effet, avant le digital, il était également possible de manipuler les images - les Soviétiques en étaient d'ailleurs les champions sous Staline.

 

En réalité, chaque technique a toujours été utilisée par les artistes (les photographes en l'occurrence) pour représenter leur vision personnelle du monde. Et ceci ne changera jamais, à moins de se priver de leur regard. Ainsi l'instant décisif de Cartier-Bresson n'était pas "LE" moment absolu où le hasard était pris en flagrant délit mais bien la marque de fabrique d'un grand artiste. De même Willy Ronis se plaçait souvent en attente devant un motif jusqu'à ce qu'un quidam passe et remplisse la fonction que le photographe avait plus ou moins prévue. Quant à Robert Doisneau, il payait des figurants pour ses prises de vue, d'ailleurs il existe une série des "baisers" dans tous les coins touristiques de Paris.


Aujourd'hui, le format Raw donne un "négatif" que chaque photographe va travailler à sa façon. L'un va accentuer les couleurs, l'autre insistera sur la netteté, tel autre va recadrer ..... jusqu'à ce que chaque image se rapproche de la description du monde que le photographe a dans son esprit. Ainsi, manipuler un peu ou beaucoup reste-il un problème dérisoire... aussi longtemps qu'il y aura des hommes derrière le viseur.


Pour voir les images de "MA" réalité (saturées à mon goût et recadrées d'après l'art, mais jamais - bien sûr- bidouillées): voir le lien ci-dessous

 

eklablog

 

      Philippe Litzler


 

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Robert Doisneau