Tout voir sans savoir

par Michel Carlué  -  25 Mars 2012, 12:00  -  #actualités

 

 

Un éditorial de Jacques Camus

 

La Montagne

Le Populaire du Centre

 

Groupe Centre France

 

24/3/2012

 

 

 

Tout voir sans savoir

 

 

Deux jours durant, pendant la traque de Mohamed Mehra, les chaînes et les radios d'info en continu nous ont tenus en haleine. Rien, de la moindre rafale à la plus insignifiante interview, n'a échappé à la curiosité dévorante des micros et des caméras. Et, par conséquent, à la nôtre. Et tout cela, au bout du compte, pour nous poser une multitude de questions en ayant l'impression de ne rien savoir. Tel est le paradoxe de ce que certains spécialistes appellent "l'infobésité" où, dans le crépitement des nouvelles invérifiables, plus rien ne parvient à émerger. Ainsi, au gré des révélations évolutives, en apprend-on un peu plus, chaque heure, sur l'assassin.

 

Une chose est sûre, il y a, dans cette boulimie informative, le risque de scénariser un terrifiant fait divers. Le culte de la transparence, exigence de nos sociétés modernes, ne saurait dériver vers une forme d'exhibitionnisme. On a pu le mesurer à Toulouse : voir n'est pas nécessairement savoir, et (se) montrer est encore moins démontrer. D'où ces zones d'ombre sur la pertinence de l'intervention du Raid où les failles dans la "mise sous observation" de Mohamed Mehra.

 

Il y a d'ailleurs, dans la remise en cause des modalités d'action du Raid, une forme de critique insidieuse et un peu facile d'après-bataille. Plus légitimes sont les questions sur la surveillance du tueur. Le danger serait d'y répondre dans la précipitation, en alourdissant un arsenal dans doute insuffisamment appliqué jusque-là.

 

Nicolas Sarkozy a été bien inspiré d'annoncer qu'il remettait à l'après-présidentielle le vote d'une loi instaurant de nouvelles dispositions antiterroristes. Cela prenait l'allure d'un piège vraiment trop grossier tendu par le candidat Sarkozy au PS. Et cela rompait avec le discours rassembleur du président. Certes, une vigilance accrue s'impose dans attendre. Mais cela n'a pas à passer par un détestable branle-bas de combat législatif. Le pays attend un retour au calme ... lucide.

 

 

 

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