Terrorisme : les mensonges de Jean-François Copé

par Michel Carlué  -  26 Mars 2012, 08:00  -  #actualités

 

 

 

Par Laurent Joffrin
Directeur du Nouvel Observateur

En pleine tragédie nationale, le patron de l'UMP a fait feu de tout bois contre la gauche, qu'il accuse de laxisme dans sa lutte contre le terrorisme. Des attaques médiocres.

 

 

Jean-François Copé. (DAMOURETTE/WITT/SIPA)


 

Les attaques menées contre la gauche par Jean-François Copé, cet Iznogoud en chemise Oxford, sont particulièrement médiocres et mensongères. Le président de l’UMP suggère lourdement que la gauche a négligé, sous-estimé et – pourquoi pas ? – encouragé le terrorisme islamiste par ses déclarations ou ses votes à l’Assemblée. Cette déclaration doit être rangée parmi les plus basses polémiques lancées pendant cette campagne électorale, qui n’en a pourtant pas manqué.


Certes les dérapages de certains socialistes, comme Jean-Jacques Urvoas ou Jérôme Guedj, ne valent guère mieux, l’un se moquant du RAID au moment où plusieurs de ses hommes essuyaient les coups de feu de Mohammed Merah, l’autre demandant la démission de Claude Guéant alors que le ministre de l’Intérieur amenait l’opération en cours à sa conclusion, sans qu’on puisse sérieusement mettre en cause son action.

 

Mais c’étaient sorties de route individuelles, vite corrigées. Le réquisitoire de Copé est au contraire une attaque méditée, délibérée, dans un partage des rôles transparent entre un président qui arbore le masque de l’unité nationale et un homme de main voué aux basses œuvres électorales.

 

Depuis au moins quinze ans, la gauche de gouvernement ne néglige en rien le danger terroriste. C’est Lionel Jospin qui a renforcé les lois anti-terroristes après le 11 septembre, au grand dam de la Ligue des Droits de l’Homme ou du Syndicat de la Magistrature ; c’est encore lui qui a engagé, en accord avec Jacques Chirac, l’armée française aux côtés des Etats-Unis dans la guerre en Afghanistan, guerre juste à l’époque puisqu’il s’agissait de neutraliser un Etat islamiste qui se targuait de servir de base arrière aux assassins du 11 septembre. On ne sache pas, au demeurant, que Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Intérieur pendant le plus clair de la mandature Jospin, se soit distingué par son laxisme ou son indulgence envers le terrorisme.

 

On remarquera aussi que les principales attaques terroristes qui ont frappé la France – Copernic, les attentats de 1986, le détournement de l’Airbus de décembre 1994 ou les bombes de 1995, se sont toutes déroulées sous des gouvernements de droite. Il serait idiot d’en attribuer la responsabilité au laxisme ou à l’incompétence de la droite en cette matière. Mais Copé l’est encore plus en critiquant non le gouvernement mais l’opposition, qui n’en peut mais dans cette matière comme dans les autres, puisqu’elle est exclue des responsabilités depuis une décennie. Si une faute a été commise dans l’affaire Merah– ce qui reste à démontrer – elle est le fait de ceux qui gouvernent depuis dix ans et qui ont eu tout le loisir d’organiser les services de sécurité à leur guise. Incriminer la gauche comme le fait Copé, c’est rejeter de manière impudente sa propre responsabilité sur autrui. C’est une escroquerie rhétorique et une fuite devant les responsabilités.

 

A cela s’ajoute une franche stupidité. Copé met en cause l’insuffisance de la gauche dans la lutte contre l’intégrisme. La gauche, dit-il, n’a pas voté la loi interdisant le port de la burqa. L’aurait-elle votée, sans doute Mohammed Merah aurait-il été impressionné et aurait-il renoncé à son entreprise criminelle ? Copé, en fait, suggère, dans un amalgame grossier, que la gauche est plus tolérante en matière d’immigration et de respect des différences à l’intérieur de la société française que la droite et donc que des hommes comme Merah s’en trouvent confortés. C’est là que surgit l’erreur cardinale. Dans ce genre de crime, quand on doit faire face à des fanatiques dont le but est de recruter au sein de leur propre communauté pour se battre contre les autres, c’est leur faciliter la tâche que de souscrire, même de manière indirecte, à cette idée funeste, fausse et grossière de conflit entre les civilisations.

 

La ligne rouge, en l’occurrence, ne doit pas passer entre les musulmans et les autres Français. Elle doit séparer les fanatiques et les démocrates, qu’ils soient musulmans, juifs, chrétiens ou non-croyants. Autrement dit, il s’agit de couper les musulmans de leurs propres extrémistes en proclamant la volonté de la République de traiter de manière égale toutes les minorités et non de les rejeter vers les extrêmes en laissant entendre qu’ils sont de trop dans la République. Entre Copé qui accuse la gauche de mollesse à l’égard de l’Islam et Sarkozy qui se plaint du nombre excessif d’immigrés, on a le concentré de ce qui ne faut pas faire pour lutter contre le fanatisme islamiste.


Je partage entièrement le point de vue de Laurent Joffrin et, d'une façon plus générale, j'éprouve vis à vis de Jean-François Copé une allergie profonde.  Il est possible que je ne sois pas le seul dans ce cas.