Virtuel 29 Arthur : les divagations

par Michel Carlué  -  5 Mai 2010, 08:08  -  #L'écriture

 

Cette première approche de l'univers des messageries instantanées n'avait pas convaincue Arthur. Pouvait-il en espérer des dialogues cordiaux, intelligents et réconfortants ? Sa première interlocutrice détestait le football et aurait été nettement plus intéressée par des jeux de mains sans l'obligation d'utiliser un ballon. La seconde était en quête d'un compagnon très tolérant aux félidés, celui là constituerait très probablement l'amour de sa vie, après les chats bien évidemment. Etait-il vraiment nécessaire de poursuivre plus loin cette exploration ? 

 

 

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L'ingénieur eut un sursaut de lucidité et se demanda si ses jugements n'étaient pas empreints d'une grande arrogance. Pourquoi considérait-il les autres tchateurs avec autant d'ironie condescendante ? N'était-il pas dans la même situation que les personnes qui fréquentaient cette messagerie instantanée ? Elles recherchaient une possibilité de dialogue afin de rompre leur solitude. Elles étaient désespérément en quête de ce qui pourrait redonner un sens à leur vie, comme lui.

 

 

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Pourquoi Arthur ne se remettait-il pas en cause ? N'était-il pas aussi paumé que les autres utilisateurs du tchat ? S'il se regardait dans un miroir avec un minimum de lucidité, qu'y verrait-il ? Il y découvrirait un homme de 45 ans, pétri de certitudes, convaincu de l'importance de son rôle dans la société, de la valeur de son travail et de la nécessité de s'y investir totalement en rejetant avec vigueur tout ce qui pourrait entraver son parcours.

 

Cet homme orgueilleux et égocentrique se retrouvait seul dans son petit appartement, assis idiotement devant un écran d'ordinateur et un clavier dont il attendait je ne sais quel miracle. Il se sentait terriblement minable et en même temps solidaire de ceux dont il se moquait avec impudence quelques instants auparavant. Arthur ressentait avec acuité le besoin impératif de reconsidérer sa façon de percevoir les autres. Il était urgent, à 45 ans, d'apprendre à regarder et à écouter et à non pas seulement se contenter de voir et d'entendre, comme il le faisait habituellement.

 

 

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- Bonjour Ariane, comment allez vous ?

- Pas terrible, mais tout de même mieux que si c'était pire.

- Que vous arrive-t-il ?

- Je ne sais pas si ma situation mérite d'être décrite, elle peut inciter un dépressif à se suicider.

- Expliquez moi un peu si vous le souhaitez ?

- Je suis seule depuis maintenant deux ans, mon ami m'a laissé tombé dès qu'il a appris la gravité de mon état. Les responsabilités à venir lui ont fait peur et l'idée de ma future dégradation lui a peut-être été insupportable. Je lui donne des excuses, mais en a-t-il vraiment ? Je suis atteinte de sclérose en plaque et chaque nouvelle poussée me dégrade un peu plus.


 

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- Vous pouvez vous déplacer ?

- Oui mais de plus en plus difficilement. Je n'ose plus trop m'aventurer dans la rue et je ne m'y risque que lorsque cela est vraiment nécessaire. Le neurologue m'a fortement déconseillé de conduire ma voiture. Je pourrais en effet constituer un danger pour les autres si une poussée soudaine, aggravée par l'angoisse, venait à altérer mes réflexes et ma motricité.

- Vous ne travaillez plus, j'imagine ?

- Oui, j'ai dû arrêter mon activité de bibliothécaire depuis maintenant un an .

- Et des amis, vous en avez ?

- Heureusement que oui, mais un grand nombre de ceux qui se disaient mes amis se sont très rapidement éloignés de moi quand ils ont pris connaissance de ma maladie. J'ai au moins acquis la certitude que seuls ceux qui restent sont vraiment mes amis.  Et vous ?

 

 

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- Moi ? Je n'ai pas grand chose à vous dire Ariane, si ce n'est que ma compagne m'a quitté, mais que, contrairement à ce qui vous est arrivé, son attitude était parfaitement justifiée, j'ai pris conscience, depuis peu, de la monstruosité de mon comportement.

- Mais pourquoi donc son départ était-il justifié ? Vous n'êtes pas obligé de me répondre.

 

Arthur fut ému. Le fait qu'une personne gravement malade puisse néanmoins témoigner un vif intérêt aux aléas psychologiques d'un homme en bonne santé le touchait au plus profond de lui-même. Il n'avait jamais été particulièrement intéressé par les problèmes d'ordre privé rencontrés par ses collaborateurs, sauf lorsqu'ils influençaient négativement l'activité du secteur Recherche et Développement de la LCC.

 

 

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bari 06/05/2010 00:05



c'est triste. j'aime ton choix de musique. très belle mais triste aussi.


je t'embrasse Michel.



Michel Carlué 06/05/2010 09:32



Oui c'est triste je suis bien d'accord avec toi. il est difficile de toujours plaisanter dans un texte et là je n'y arrive vraiment pas, je suis désolé .........


Merci pour ton commentaire Barbara


Je t'embrasse aussi