Une campagne ?

par Michel Carlué  -  9 Avril 2012, 09:58  -  #actualités

 

 

Une campagne au ras des paquerettes 

 

Extrait de l'excellent blog "L'ESPOIR"

 

Auteur : Theux

 

 

 

 

Bellis perennis

 

 

 

 

 

La grave situation économique que connaissait notre pays nous promettait une campagne présidentielle de grande qualité. Projet contre projet. Nous allions voir ce que nous allions voir. Le casting apparaissait parfait entre un Président sortant qui devait nous affirmer que sans lui notre pays se serait écrouler et un challenger qui devait offrir une alternative permettant de reconquérir un pouvoir perdu dans les méandres jospino-mitterandiennes. Ce duel devait être arbitré voire bousculé par des outsiders aux dents longues: un 3ème homme s'élevant au delà du clivage droit-gauche en imposant une véritable force au centre, à moins qu'il ne s'agisse d'une femme marchant sur les traces de son Père en offrant enfin à son parti un programme économique. Cette campagne nous présentait également des rebelles de gauche et de droite qui avaient pris la décision de s'affranchir des deux partis dominants pour proposer un projet alternatif. Puis il y avait les classiques: les écologistes (sans Ushuaïa), les trostkystes (sans Arlette) et les anti-capitalistes (sans facteur). Cette élection avait même prévu une surprise du chef même si elle était identique à 1995. Les conditions parfaites étaient donc réunies pour bénéficier d'un débat public de qualité. Il n'en est rien.


Sans l'intervention de Nicolas Dupont-Aignan, le vice aurait même pu être poussé jusqu'au bout puisqu'aucun débat entre les candidats n'était prévu avant le vote du premier tour. David Pujadas n'avait pas manqué de fustiger l'égalité de temps de parole pour indiquer qu'une telle règle était contre-productive car il était inimaginable que France 2 organise une émission spéciale autour de Jacques Cheminade. Etrange conception de la démocratie surtout pour une chaîne publique.

 

Mais passons sur cette anecdote, l'essentiel est qu'au moins un débat puisse être organisé sur une grande chaîne de télévision à une heure grande écoute. A priori il devrait en fait prendre la forme de deux débats avec à chaque fois 5 candidats. La répartition devant s'effectuer par tirage au sort. Enfin pas tout à fait puisque Sarkozy et Hollande ont demandé à ne pas s'affronter. Un peu comme au tennis où le système des têtes de série empêche un possible affrontement entre un Djokovic et un Nadal au premier tour. Sauf que dans la situation présente, ce sont les deux têtes de série (ou supposées telles) qui ont fixé les règles. A en croire les bruits de couloir, ils auraient même menacé de ne pas participer. Il est vrai qu'au tennis, certains tournois permettent aux meilleures têtes de série d'accéder directement au second tour pendant que les laborieux s'affrontent au premier tour. Etrange conception de la démocratie pour un Président de la République et son possible successeur.

 

Mais venons en aux faits et à l'essentiel de ce que doit être une élection présidentielle c'est à dire un débat d'idées. Les occasions de réellement débattre et d'échanger sur une politique à mener et sur nos choix économiques sont suffisamment rares pour qu'elles ne soient pas galvaudées. Force est de constater que ces moments se limitent souvent aux différentes présidentielles et à quelques exceptions comme le référendum sur le traité constitutionnel européen. La déception est immense lorsqu'on évalue la pauvreté des débats qui nous sont proposés.

 

 

Les 30 glorieuses

Clarifions les choses tout de suite, l'objet de mon propos n'est pas de me placer dans la lignée des éditorialistes de la pensée dominante qui relatent dans leurs journaux ou dans les émissions de télévision, où ils sont gracieusement invités, que le débat est faible et qu'il n'aborde pas les sujets de fond. Pour cette clique des Barbier, Calvi et compagnie, tout sujet qui s'éloigne de la réduction de la dette et des « sacrifices » que les Français vont devoir consentir n'est pas digne d'intérêt.

 

Au regard de la situation de notre pays et de ses voisins, nous étions en droit d'attendre des propositions pour sortir de cette situation, pour construire une nouvelle France où nous pourrions retrouver l'euphorie des « 30 glorieuses ». Mais où est le débat? Où parle-t-on de protectionnisme et de l'opportunité de mettre en place des taxes aux frontières ou de dévaluer notre monnaie? Où parle-t-on de la remise en cause de l'indépendance de la Banque Centrale et de la possibilité de lui faire financer directement la dette des Etats sans passer par l'intermédiaire des banques privées? Où parle-t-on de l'avenir de la France au sein d'une UE totalement convertie au néo-libéralisme? Où parle-t-on de la situation d'une Grèce à l'agonie et de la dramatique montée du chômage en Espagne? Où parle-t-on du comportement prédateur de l'Allemagne qui finance sa croissance avec la consommation de ses voisins alors qu'elle plombe celle de ces derniers en pratiquant une déflation salariale sur son territoire? Où parle-t-on de la désindustrialisation de la France et de la tertiarisation de son économie qui la condamne à jouer un rôle secondaire au niveau mondial? Où parle-t-on de notre stratégie énergétique dans un monde où l'épuisement des ressources et la catastrophe de Fukushima nous obligent à inventer de nouvelles solutions? Nulle part ou presque.

 

François Hollande est donné favori par les sondages comme il était donné favori aux primaires socialistes. Sa stratégie n'a pas évolué d'un iota. Ne pas prendre de risque. Annoncer de rares propositions qui soient les plus consensuelles possibles. En résumé ne pas se découvrir. Si le candidat socialiste est élu avec une telle stratégie, il aura réalisé l'exploit de parvenir au sommet de l'Etat sans avoir indiqué des informations claires sur la politique qu'il souhaite mener. Car en dehors de son contrat de génération, de sa volonté de créer 60000 postes dans l'Education Nationale et de taxer à 75% les revenus supérieurs à 1 million d'euro par mois, que propose-t-il? Nul ne le sait. Les Français feraient alors le choix de donner le pouvoir à une véritable « pochette surprise ».

 

Intéressons nous maintenant au cas de Nicolas Sarkozy. Le simple fait qu'il soit en mesure de remporter l'élection présidentielle tient du miracle au regard de son bilan. Mais on le sait l'homme est aussi mauvais président qu'il est bon candidat et le brillant avocat qu'il est sait parfaitement plaider les causes perdues. Et pourtant le président de la droite décomplexée, celle qui ne devait pas avoir honte de gagner de l'argent et d'exhiber ses richesses, aura de graves difficultés à nous convaincre qu'il peut être le président de la France qui souffre. Son bilan est tout bonnement indéfendable: il a privé la Grèce de sa souveraineté, en exerçant une pression sur Papandréou pour qu'il abandonne son idée de référendum pour l'adoption des plans d'austérité, il a humilié l'Italie en moquant son premier ministre, Silvio Berlusconi, il a rampé devant le comportement prédateur de l'Allemagne en acceptant le mécanisme européen de stabilité (MES). Il est pleinement responsable de l'enfoncement dans la crise de notre pays. Alors pour éviter ces sujets clés, il utilise sa meilleure arme la ruse. Il a retardé au maximum son entrée en campagne. Il rebondit sur la viande halal. Il profite de l'affaire Merah pour se poser en Président responsable sachant faire face à une situation de crise. Il joue sur l'émotion, sur les sentiments pour éviter que les Français fassent trop appel à leur raison. Le pire est que cette stratégie pourrait s'avérer payante.

 

François Bayrou a choisi de se positionner en homme d'Etat, capable de s'élever au delà des partis. Sa différence par rapport aux politiques de l'UMP ou du PS? Plus de fédéralisme et plus d'austérité. La supercherie ne peut durer qu'un temps et les Français ont rapidement compris que sa position alternative était purement formelle et que dans les faits ses idées politiques sont extrêmement proches de celles des deux favoris à l'élection présidentielle.

 

Quant à Marine Le Pen, sa principale innovation consiste à avoir construit un programme économique à son parti qui ne surfait auparavant que sur la vague anti-immigration. A l'arrivée, la déception est assez forte puisque la candidate du FN se révèle assez faible en économie et qu'elle a tendance à se réorienter sur le cœur de métier de l'extrême-droite c'est à dire la sécurité, la lutte contre l'immigration et la stigmatisation des étrangers. Elle a notamment profité de l'affaire Merah pour revenir sur ses sujets qui ne favorisent pas l'élévation du débat.

 

Les autres candidats connaissent de grandes difficultés au niveau de cette campagne. Le NPA mesure les difficultés à se passer du charisme et du punch d'un Olivier Besancenot. A l'arrivée, ce parti a des difficultés à se différencier d'un parti comme la LCR, où l'impression est donné que les discours et les projets restent les mêmes depuis 30 ans sans s'adapter aux évolutions de nos sociétés. Il semble que ces partis ont réellement raté l'opportunité de se joindre au mouvement d'ampleur du Front de Gauche.

 

Eva Joly subit les mêmes difficultés et peine à faire émerger un discours qui pourrait pourtant être intéressant. Ce parti semble également en pleine crise en terme de projet politique au delà des questions environnementales pour choisir ou refuser d'adhérer à la Social-Démocratie. L'accord avec le PS a semé le trouble. Même sur les sujets environnementaux, EELV semble en retrait et ont des difficultés à faire émerger des solutions réellement innovantes.

 

Au delà du cas de Jacques Cheminade, dont le gaullisme de gauche semble pertinent mais qui paraît bien isolé, les candidats les plus intéressants restent Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan. Il s'agirait d'un second tour rêvé entre une droite et une gauche rénovées et deux véritables projets pour la France. Leur analyse sur les dysfonctionnements de l'UE ou de la BCE sont identiques. Les solutions proposées diffèrent mais les deux méritent d'être étudiées. Nicolas Dupont-Aignan pensent qu'il est impossible de changer une Europe phagocytée par le néo-libéralisme et souhaite en sortir pour permettre à la France de retrouver sa souveraineté. Jean-Luc Mélenchon a confiance en sa capacité à convaincre nos partenaires européens de la nécessité d'adopter certaines réformes comme la fin de l'indépendance de la BCE et la possibilité pour cette dernière de financer directement la dette des Etats. Certains économistes comme Jacques Sapir interprètent cela comme une sortie de fait de la zone euro, puisqu'ils pensent que nos partenaires européens ne voudront pas revenir sur des mesures comme le MES.

 

Ce sont ces débats qui mériteraient d'alimenter la campagne présidentielle. Vaut-il mieux réinstaurer des droits de douane aux frontières ou dévaluer notre monnaie? Est-il préférable de nationaliser les principales entreprises des secteurs de l'énergie? Vers quel type d'énergie souhaitons-nous orienter notre pays?

 

Malheureusement imaginer un tel scénario au second tour n'appartient qu'au domaine du rêve, en tout cas pour l'élection de 2012. Les parcours des deux candidats sont comparables puisque chacun d'eux a quitté l'un des deux partis principaux du pays pour créer sa propre entité. Malheureusement Nicolas Dupont-Aignan n'est pas parvenu à fédérer les forces de droite aussi bien que Jean-Luc Mélenchon avec les forces de gauche. Les raisons sont multiples et tiennent probablement à un manque de moyen, à la force du FN et à des qualités d'orateur moins affirmées que le candidat du Front de Gauche.

 

Reste le phénomène Jean-Luc Mélenchon qui domine de la tête et des épaules cette campagne présidentielle. Stratégiquement ses choix se sont révélés payants puisqu'en modernisant le PCF, il a pu bénéficier en échange de moyens humains et financiers n'ayant quasiment aucun équivalent en dehors du PS et de l'UMP. Au niveau des idées et des propositions seul Nicolas Dupont-Aignan peut rivaliser. Mais en terme d'organisation des meetings et de mobilisation du peuple, personne n'est à sa hauteur. Hollande et Sarkozy avaient pensé marquer les esprits avec leurs meetings du Bourget et de Villepinte. Mélenchon les a ringardisés avec ses manifestations à la Bastille ou à Toulouse. En réalité, c'est Mélenchon qui innove et les autres qui suivent puisque Sarkozy et Hollande se rallient à l'idée d'organiser des meetings à l'extérieur.

 

Mais surtout ce qui fait la différence entre Mélenchon et les autres candidats, est que le leader du Front de Gauche maîtrise parfaitement les mises en perspective historique. Il place son action au sein de l'Histoire de France qui amènera tôt ou tard ses idées aux plus hautes fonctions de l'Etat. Cette connaissance de l'Histoire qui permet à Jean-Luc Mélenchon d'aussi bien parler au Peuple.

 

THEUX

 

J'adhère totalement à ces points de vue et je remercie leur auteur de nous éclairer aussi bien sur les enjeux de cette élection, sur les manipulations de nos esprits exercées par les médias dominants et sur la totale inaptitude des candidats "favoris" à élaborer et à présenter des projections innovantes et structurantes pour la France et pour l'Europe.

 

Je vous invite, si vous en avez l'envie et le temps, à consulter différents articles (voir les liens ci-dessous) que j'ai pu relayer ou bien écrire moi-même en rapport avec cet "instant décisif", en empruntant la célèbre expression du photographe Henri Cartier-Bresson.

 

Maintenant, si vous êtes perplexe autant que je le suis à l'approche de cette échéance électorale, ne vous inquiétez pas, entrez en résistance, ne vous laissez pas influencer, gardez votre libre arbitre intact, vous ne vous nourrirez pas d'illusions. Pour finir : le vote utile ça veut dire quoi exactement, n'est-ce pas celui de vos convictions, tout simplement ? 

 

 

LIENS

 

"Les politiques ne comprennent rien à la monnaie."

"Les politiques ne comprennent rien à la monnaie." (suite)

Fuck la réserve fractionnaire

Si j'étais Président de la ........

Sarkozy : diviser plus pour régner plus

Le pouvoir à tout prix !

Pourquoi les français veulent-ils se tirer une balle dans le pied ?

 

 

 

Heliopsis scabra

 

 

 

Photographies : M.C.