Raymond Aubrac

par Michel Carlué  -  12 Avril 2012, 10:43  -  #actualités

 

 

 

HOMMAGE A UN HOMME D'HONNEUR ET DE CONVICTIONS

 

 

tumblr lwb3tcPcE81r8rx6bo1 500

Portrait par Nicolas Derre

 

 

L'homme qui a toujours résisté

Par Jean-Marie Decorse

La dépêche.fr

 

 

Raymond Aubrac s'est éteint à l'âge de 97 ans, cinq ans après son épouse Lucie. Grande figure de la Résistance, il fut le cofondateur du réseau Libération-Sud. Retour sur l'Histoire.

Avec lui disparaît dans le décompte des survivants le dernier porte-voix du Conseil national de la Résistance. Raymond Aubrac est mort mardi soir à l'âge de 97 ans à l'hôpital du Val-de-Grâce, cinq ans après son épouse Lucie avec laquelle il formait un couple indissociable porté par les mêmes combats.

Ainsi s'est achevé le curieux destin d'un homme né le jour de l'assassinat de Jean Jaurès à Paris, dans un café proche de la rédaction de l'Humanité. C'était le 31 juillet 1914. Peut-être Raymond Aubrac y a-t-il vu le signe d'un engagement qui ne l'a jamais quitté. Jusqu'au bout, citoyen de la liberté et de l'espoir, il aura tenté de sauvegarder le message bien fragile porté par le Conseil de la Résistance après des années de chaos et de barbarie.

Né à Vesoul, Raymond Aubrac (de son vrai nom Samuel) quitte le cocon familial en 1934 pour poursuivre ses études d'ingénieur à Paris en se rapprochant du Parti communiste. C'est au PCF, dont il n'a jamais été adhérent, qu'il rencontrera d'ailleurs Lucie. Celle-ci deviendra son épouse en décembre 1939.

 

MILITANT JUSQU'AU BOUT.

Très vite après la déclaration de guerre, le couple entre en résistance, constitue un petit groupe de clandestins qui deviendra Libération-Sud, un des mouvements les plus actifs de la zone Sud avec Franc-Tireur et Combat. La suite constitue une des pages d'histoire les plus tragiques de la Résistance, dans un itinéraire héroïque qui passe par Lyon où Raymond Aubrac croise les pas de Jean Moulin, croise aussi l'horreur dont est capable un certain Klaus Barbie, chef de la Gestapo lyonnaise

 


« Libération » avec Ravanel et Vernant

 

Raymond Aubrac revenait régulièrement en Midi-Pyrénées pour y retrouver d'autres compagnons d'armes. Parmi eux, Serge Ravanel (de son vrai nom Serge Asher) décédé en 2009 et qui, colonel à 24 ans, mena la lutte clandestine en Haute-Garonne. Mais aussi Jean-Pierre Vernant. L'agrégé de philosophie professeur au Collège de France avait dirigé les FFI de Haute-Garonne après avoir rejoint le réseau Libération-Sud dont Aubrac était le cofondateur. Vernant est décédé en 2007, la même année que Lucie Aubrac. En février 1999, Ravanel, Aubrac et Vernant s'étaient retrouvés en forêt de Bouconne (31) pour déposer une gerbe au pied de la stèle érigée à la mémoire d'un autre résistant de Libération-Sud : François Verdier, ancien chef des Mouvements Unis de la Résistance (MUR).

 

Aubrac n'avait pas oublié non plus son autre famille, celle des Éclaireurs. En 2007 à la demande du Tarnais Jérôme Rigaud, alors président national des Éclaireurs de France, il avait participé à Carmaux à une rencontre avec des jeunes sur le thème de l'engagement et du risque. « Cette venue m'avait transformé. Raymond Aubrac n'avait cessé de me dire : Il ne faut pas rester assis sur le tabouret de la peur mais bien sur celui de l'engagement et cet engagement à travers les événements exceptionnels que j'ai traversés fut d'abord une chance qu'il me fallait saisir. Ces paroles m'ont surpris de la part d'un homme de 92 ans », raconte Jérôme Rigaud.

 

"Raymond et Lucie, un couple mythique"

 

En quoi Raymond Aubrac était-il une personnalité exceptionnelle ?

On ne peut séparer Raymond Aubrac de son épouse Lucie. C'est la première raison de cette exceptionnalité : tous deux forment dans l'imaginaire et la réalité un couple indestructible lié par des mêmes idéaux. On voit Lucie Aubrac organisant l'évasion tout à fait spectaculaire de Raymond Aubrac de la prison de Lyon. Nous sommes dans le romanesque, presque dans la légende. Ce couple uni dans les mêmes combats a quelque chose de mythique. Ensuite, il y a la réalité brute des faits. L'un et l'autre sont entrés en Résistance à l'automne 1940 alors qu'ils étaient très peu à prendre le chemin de la clandestinité. Ils se sont rapprochés d'Emmanuel d'Astier de la Vigerie, ont créé dans le sud de la France Libération-Sud qui a donné une publication clandestine devenue Libération. Ils ont renforcé ce mouvement de résistance essentiel avant de monter dans la région lyonnaise, là où se situent les épisodes les plus dramatiques et les plus emblématiques de la « double vie » de Lucie et Raymond Aubrac. Je le répète, il ne faut surtout pas les séparer dans l'imaginaire. Raymond Aubrac a été une première fois arrêté par la Gestapo et remis en liberté, puis à nouveau arrêté en même temps que Jean Moulin à Caluire, le 21 juin 1943. On sait que c'est le résultat d'une opération réussie conduite par Barbie. Lucie Aubrac a organisé une attaque de commando spectaculaire contre le fourgon qui transportait Raymond Aubrac de la prison de Montluc, avant d'être exfiltrés par un avion anglais qui les a amenés à Londres.


Lucie et Raymond Aubrac sont restés jusqu'à la fin de leur vie des citoyens actifs ?

Ils ont bien sûr joué un rôle dans l'Après-guerre car ils étaient devenus de véritables symboles. De Gaulle avait même nommé Aubrac commissaire spécial de la République à Marseille où la situation était très confuse. Mais Lucie et Raymond sont entrés aussi dans la mémoire collective parce qu'ils ont organisé tout au long de leur vie des conférences en étant les porte-voix de la Résistance qui risquait d'être oubliée dans ce qu'elle avait de réel.

Qu'avez-vous pensé dans les années quatre-vingt de la polémique lancée par l'avocat de Barbie sur les conditions de l'arrestation de Raymond Aubrac ?

Cette polémique m'a paru artificielle. J'ai beaucoup travaillé sur la Résistance soumise à l'obscurité, la clandestinité. L'atmosphère était tragique en juin 1943 car la Gestapo de Lyon était extrêmement efficace. Les conditions de vie dans la Résistance, le travail dans l'ombre, la pression, les déchirements à cause de ceux qui étaient arrêtés… Tout cela a été propice à la fabrication d'élucubrations et d'hypothèses tout à fait inexactes.

On ne cesse de définir Raymond Aubrac comme un grand chef de la Résistance…

Pour moi, il n'était pas un grand chef de la Résistance comme on ne cesse de l'entendre autour de nous. Mais c'était un rouage essentiel de l'organisation de la Résistance. Évidemment, il n'a pas joué le rôle qu'a pu jouer un Jean Moulin dans cette période.


Recueilli par J.-M.D.