"Nous, on refuse de mettre dehors un jeune de 18 ans"

par Michel Carlué  -  24 Novembre 2014, 20:29  -  #actualités

 

 

Reprise d'un article de l'Echo du Centre, Haute-Vienne, du 19 novembre 2014

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S'élevant contre une délibération du Conseil général modifiant notamment la prise en charge des jeunes en difficulté dès leur 18ème anniversaire, la FSU et la CGT, soutenus par Sud appellent à l'action lundi prochain (aujourd'hui). Pour dire leur indignation.

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La modification du règlement départemental d'aide sociale par décision de la commission permanente du 6 octobre dernier a généré une grande émotion parmi les travailleurs sociaux du Conseil général. Un peu plus d'un mois après cette délibération, les syndicats FSU et CGT ont décidé de réagir avec vigueur en appelant, le 24 novembre, à une journée de grève et de mobilisation.

 

Les travailleurs sociaux sont indignés par un texte qui va restreindre voire rendre impossible la prise en charge des jeunes majeurs victimes de négligence, de maltraitance, de carence ou d'absence familiale, résume J.G., secrétaire de la section FSU du Conseil général. Avec cette délibération, c'est l'arrêt de toute prise en charge des jeunes majeurs, dès l'âge de 18 ans, s'ils n'ont pas été placés avant cela durant trois ans consécutifs. "Et même les jeunes "éligibles" à une aide financière jusqu'à 21 ans seront de toute façon contraints à quitter leur lieu de vie", ajoute D.C. (FSU).

 

Pour un travailleur social du Conseil général "cela signifie que l'on va foutre des jeunes à la rue sans rien" sachant que, avant 25 ans, on ne peut bénéficier du revenu de solidarité active (RSA). "Nous, on refuse de mettre un jeune de 18 ans dehors", tonne une professionnelle. "Avec cette décision prise en catimini, on inflige une double peine à des jeunes déjà fragilisés à qui on va demander de faire mieux et plus vite", déplore D.C. 

 

Répondant d'avance aux critiques qui estiment qu'ils veulent mettre les jeunes dont ils s'occupent dans une bulle ("on nous dit que ce sera pour eux un électrochoc bénéfique"), les travailleurs sociaux rétorquent qui ceux qui désirent quitter les dispositifs d'aide dès 18 ans ont bien évidemment déjà la possibilité de le faire. "Nous ne sommes pas dupes, lâche J.B. Ce type de mesure vise d'abord les mineurs étrangers qui sont devenus des publics indésirables."

Par ailleurs, face à la durée requise des 3 ans, les professionnels de l'aide à l'enfance insistent sur l'effet ciseau face à la politique actuelle qui veut que les jeunes soient placés de plus en plus tardivement quand toutes les autres solutions ont déjà été épuisées. "Je connais une jeune fille dont le père n'était déjà plus là et qui a perdu sa mère alors qu'elle avait un peu plus de 15 ans, illustre J.B.. A quelques jours près, elle ne sera pas "éligible". Cela veut dire que, le 30 juin prochain, on va devoir lui dire au revoir."

 

Considérant la compétence sociale du Département, le représentant CGT P.B. voit là un tournant : "Le Conseil général vire un peu plus à droite." Justifiés aux professionnels par un environnement budgétaire contraint, les choix opérés font pour ces derniers figure d'économies de bouts de chandelles. "C'est une économie à court terme car les jeunes qui ne sont pas suffisamment accompagnés risquent ensuite de coûter beaucoup plus cher à la société." Insistant à l'inverse sur les vertus d'une aide sociale à l'enfance prolongée jusqu'à 21 ans, D.C. estime que cette décision "nous ramène des décennies en arrière".

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Journée de grève à l'appel de la FSU, de la CGT et de Sud le lundi 24 novembre.

 

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Je ne ferai que quelques commentaires. Une opposition ferme manifestée par les travailleurs sociaux de Toulouse à l'encontre de leur Conseil général a permis de le faire reculer sur la même problématique. Qu'en sera-t-il pour la Haute-Vienne ? On ne peut que douter de la réelle volonté de dialogue des édiles locaux qui ont, par le passé, prouvé leur "capacité d'écoute".

On connait aussi, par ailleurs, les choix budgétaires qui ont conduit à l'installation du Conseil général dans les locaux de "la Visitation" réhabilités à grand frais ainsi que le projet, dispendieux et à l'intérêt plutôt douteux, de l'installation d'une piscine en rase campagne à proximité d'un plan d'eau. J'oubliais aussi l'obsession de la LGV...

 

Il semble que le social soit devenu un problème d'efficacité gestionnaire, froide et désincarnée. Qu'en est-il de l'intérêt porté aux humains ?

 

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