Notre-Dame du Réal - Embrun - Hautes-Alpes

par Michel Carlué  -  2 Octobre 2014, 09:01  -  #Vieilles pierres

 

 

La petite balade dans Embrun devenait problématique. Le temps, gris à notre arrivée, tournait carrément à l'orage, un front nuageux très menaçant remontait du sud. Le vent se levait accompagné d'une pluie de moins en moins timide qui s'enhardissait jusqu'au point de devenir battante. Nous étions à proximité de Notre-Dame du Réal, autant dire que l'instant n'était plus aux hésitations et qu'il fallait se mettre impérativement à l'abri dans ce lieu à l'architecture romane somptueuse.

 

Ceux qui me connaissent savent bien que mes convictions religieuses tendent vers zéro, seule l'architecture des lieux de culte m'intéresse et m'émerveille, qu'elle soit grandiose ou modeste, ainsi que la possibilité qu'ils offrent de méditer et de contempler, sans à priori métaphysiques et autres considérations hasardeuses sur notre sort post mortem. Les constructeurs de ces ouvrages ont été admirables d'inventivité, de technicité, de ténacité, de courage, et pour résumer de talent artistique et manuel. Si ces édifices sont encore debout aujourd'hui, des siècles après qu'ils aient été construits, ce n'est pas le fruit du hasard.

 

J'ai photographié Notre-Dame du Réal avec le petit Fuji EX2. Le viseur électronique (EVF) s'est avéré très pratique pour y voir clair dans une ambiance romane très sombre. Cet avantage ne peut réellement en être un que si la sensibilité du capteur de l'appareil photo est en adéquation et permet de grimper sans trop de problèmes jusqu'à des valeurs de 3200 ISO.

 

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Le texte ci-dessous, relatif à Notre-Dame du Réal, est extrait d'un article du journal la Croix que j'ai déniché sur internet (je ne suis pas abonné à cette revue, je tiens à le préciser)  (lien)

 

 

"A l’extérieur, un grand vaisseau de pierres grises (flysch), noires (schiste) et blanches (calcaire) dominé par un clocher roman à quatre étages, ajourés de baies jumelles, et surmonté d’une flèche octogonale et de quatre pyramidions. À l’intérieur, des rayures noir et blanc qui feraient presque penser au pelage d’un zèbre, une hauteur de nef respectable (19 m), une ambiance de prière quand on y vient au petit matin, que la lumière perce par les baies de l’abside, et que des chants sacrés viennent chatouiller vos oreilles.

 

 

 

 

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Tel pourrait être le premier aperçu de la cathédrale Notre-Dame du Réal d’Embrun, longue de 56 m et large de 32 m, datée des XIIe  et XIIIe  siècles. Souvent référencée comme « plus belle église du Dauphiné », elle figure dans tous les guides touristiques.

Dépourvue de parvis, enserrée entre différents bâtiments religieux, c’est la façade nord qu’il convient de découvrir en premier lieu. Notamment le Réal ou porche-baldaquin que l’on devine peu à peu en montant à pied la ruelle de Savines débouchant, par un porche, à la droite de la Maison des Chanonges. Élégant et surprenant, ce porche du XIVe  d’inspiration pisane ou lombarde, au fronton bichromique, s’appuie sur de fines colonnes supportées par les lions dits stylophores ou des hommes accroupis qu’on appelle alors atlantes.

 

 

 

 

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ALTERNANCE DES PIERRES BLANC ET NOIR

 

« C’est une œuvre d’art en soi, observe le P. Jean-Pierre Oddon, le maître des lieux. À gauche, on remarque les forces du mal : le lion enserre dans ses griffes une chèvre ou un autre animal, derrière l’atlante fait la grimace, en haut le mascaron représente une tête humaine grotesque. À droite, trônent les forces du bien : le lion ne fait que poser une patte sur une proie, l’atlante sourit tandis que le mascaron représente un motif fleuri. Une antisymétrie qui est reprise dans la forme des ferrures du portail en bois », poursuit le prêtre.

 

 

 

 

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Les tringles métalliques devaient servir à soutenir draperies et autres rideaux pour que les pèlerins puissent se recueillir devant le tympan. Au Moyen Âge, celui-ci supportait une fresque représentant l’Épiphanie avec les Rois mages entourant l’Enfant Jésus. Mais celle-ci a été détruite par des protestants durant les guerres de religion. Par la suite, les chanoines décidèrent de reproduire le motif de la fresque sous forme d’une mosaïque à l’intérieur, au-dessus de l’autel Notre-Dame du Réal où trône une Vierge à l’Enfant du XVIe .

À l’intérieur, s’est constituée « une belle union entre les bas-côtés voûtés en berceau et le chevet d’époque romane, et la nef centrale aux travées voûtées d’ogives gothiques », observe Jean Vandenhove, historien (1).

On retrouve l’influence lombarde dans l’alternance des pierres blanc et noir, sur les arcs et les voûtes. Ces rayures de couleurs ont deux vertus : elles éclairent l’intérieur qui serait sombre s’il n’y avait que du schiste noir, et elles attirent le regard vers le haut… un effet d’optique qui incite à l’élévation de l’âme. De plus, les piliers reposent sur des soubassements massifs qui diminuent en épaisseur du fond de l’église (1,50 m) jusqu’au chœur (0,45 m), ce qui accentue l’effet de perspective de la nef centrale. Un autre effet d’optique…

 

 

 

 

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UN ORGUE DU XVE OFFERT PAR LOUIS XI

 

Les nombreuses baies, les trois occuli et la rosace (XVe ), seul emprunt aux grandes cathédrales gothiques de l’Île-de-France, éclairent bien l’édifice. Outre les chapiteaux décorés de sirènes ou de personnages, subsistent sur quelques piliers d’anciennes fresques comme celle de la flagellation du Christ (1470). Délimité par une grande grille en fer forgé posée en 1726 à l’occasion d’un concile régional, le chœur abrite un immense maître-autel baroque (1764). Curieusement, sa couleur de marbre blanc, son élégance et ses deux anges adorateurs, dont on dit que celui de gauche ressemble à Louis XVI, s’harmonisent bien avec le chevet roman.

 

 

 

 

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Mais si cet intérieur est si chaleureux, c’est aussi parce qu’il est pourvu d’un mobilier extraordinaire. Un grand orgue du XVe . Élégant, décoré dans le style rocaille (XVIIIe ), perché en nid d’hirondelle sur la première pile nord auquel on accède par une passerelle, il a été offert par Louis XI. Restauré en 2007, il possède encore 70 % du matériel sonore initial.

 

 

 

 

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Dans le chœur, c’est la double rangée de stalles sculptées (XIV-XVe ) avec leurs miséricordes (saillies fixées sous l’abattant) rehaussées de motifs variés et intrigants (têtes barbues, chimère à tête humaine, cordelières avec les initiales des frères pénitents) qui meuble l’espace. Sans oublier deux sièges exceptionnels, celui de l’évêque, la cathèdre, et celui du proto-chanoine, réservé au roi de France puis au président de la République. Un séant honorifique que Notre-Dame du Réal ne partage qu’avec deux autres cathédrales."

 

 

 

 

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