Les idées et la pornographie politiques sur le Net

par Michel Carlué  -  27 Avril 2012, 15:45  -  #actualités

 

 

Extrait de Agora Vox

Le Média Citoyen

 

 

par Cedric Citharel

 

 

Pornographie politique contre débats d’idées

 

 

 

Bonne soeur-49959

 


Seul l’avenir nous dira si 2012 sera l’année du retour de la gauche au pouvoir, mais il y a une chose dont nous pouvons déjà être certains, cette année aura marqué l’arrivée de la politique sur les réseaux sociaux.

Hélas, sur le Net, il en est de la politique comme de la sexualité et de la liberté d’expression, l’outil y est souvent dévoyé et toute approche en subtilité est noyée sous la masse de données grossières et racoleuses.

 

Parce qu’il faut bien reconnaître une chose : si certains sites sont utiles pour faire circuler des informations, leur conception même empêche tout ce qui fait l’intérêt d’une discussion politique, à savoir, le débat contradictoire. Alors que les Tweets sont limités à cent quarante signes et que Facebook ne permet pas les retours à la ligne dans les commentaires, il faut bien nous rendre à l’évidence. Afficher ses choix politiques sur son mur ou dans ses Tweets revient à déclarer : « Je suis de droite (ou je suis de gauche) et je vous emmerde. » On est quand même loin de la discussion passionnée entre potes qui refont le monde.

C’est d’autant plus étrange qu’en France, la politique est rarement un sujet abordé entre amis. On sait à quel point parler des élections peut gâcher un repas de famille ou même plomber l’ambiance entre copains, alors, pourquoi le fait-on sur les réseaux sociaux ? Parce que c’est à la mode et parce que derrière notre écran, nous ne voyons pas à quel point nos commentaires peuvent blesser ceux qui ne sont pas du même bord que nous. Bref, sur internet, on crie « Vive Sarkozy » ou « Hollande Président » comme on mate un porno, seul et bien à l’abri dans le monde virtuel.

À partir de là, tous les coups sont permis, toutes les perversités sont tolérées. Des informations exactes, mais sorties de leur contexte, aux mensonges les plus infamants, il n’y a pas de limites à ce qui peut-être publié sur la toile. On ne s’adresse plus à l’intelligence de nos amis, ni même à leurs émotions, on brandit un slogan pour montrer qu’on appartient à un groupe ; un peu comme on entrerait « triolisme » ou « sex toys » sur un site de vidéos pornographiques. On se reconnaît entre nous et on se rassure à l’idée que nous ne sommes pas seuls, alors qu’à cet instant précis justement, nous le sommes.

Mais si après tout, Internet a permis à certaines personnes de s’épanouir sexuellement, pourquoi n’en serait-il pas de même sur le plan politique ? À cause du format tout simplement. Si les sites érotiques ont pu profiter d’une bande passante toujours plus rapide et d’un espace de stockage toujours plus conséquent, les réseaux sociaux limitent volontairement la quantité de données facilement transmissibles. Autrement dit : on n’apprendra pas à mieux utiliser Facebook ou Twitter pour mieux débattre, parce que ces sites ne sont pas faits pour ça.

Personnellement, j’adore parler de politique, y compris avec des amis de droite (si, si, j’en ai…) et c’est pourquoi je n’ai pas publié d’appel à voter pour Mélenchon sur mon mur Facebookien ou sur Twitter ; j’ai trop peur de réaliser un jour que les seuls amis qui restent dans mon réseau sont ceux qui pensent comme moi. Ce jour-là, les politiciens n’auront même plus besoin de chercher à nous convaincre, nos amis s’en chargeront pour eux ; et si nous n’y prenons pas garde, ce jour-là, ça pourrait bien être en 2012.

 

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Commentaire de Blogueur

 

"Personnellement, j’adore parler de politique, y compris avec des amis de droite (si, si, j’en ai…) et c’est pourquoi je n’ai pas publié d’appel à voter pour Mélenchon sur mon mur Facebookien ou sur Twitter"

Personnellement, je n’ai pas de comptes fesse-bouc ou touiteur ;) Je ne sais meme pas si le debat politique s’est deplace vers ces interfaces semi-commerciales a caractere pseudo-social. Si oui, et bien j’imagine que le debat en prend un format adapte a l’interface : completement reduit ...

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Avis personnel

 

J'ai bien conscience, comme beaucoup de personnes par ailleurs, que le Net n'est pas forcément un espace de discussions et d'échanges d'idées. Un utilisateur patenté, comme moi, se rend très vite compte qu'il n'est pas très difficile d'aller y glaner des articles à caractères pseudo-journalistiques le confortant dans ses idées et ses convictions politiques ou autres, sans autre forme de remise en question.

 

Lorsque le "surfeur" exigeant a la possibilité de "trouver" des textes correctement rédigés, non diffamatoires, non injurieux et documentés, il peut déjà s'estimer partiellement satisfait. Mais que peut-il espérer de plus ?

 

Il a évidemment la possibilité de s'alimenter de chroniques écrites par des journalistes professionnels, mais les idées y sont souvent propulsées dans le sens du vent dominant. Il est utile, en effet, de respecter la ligne éditoriale d'un journal et de protéger ses arrières, c'est-à-dire de ne pas s'engager trop fermement, ce qui pourrait s'avérer néfaste pour la suite d'une carrière.

 

Par contre les points de vue originaux et novateurs sont à chercher ailleurs, avec opiniâtreté, et surtout à ne pas rejeter sous prétexte qu'ils heurtent l'égo, révèlent nos contradictions et excitent nos préjugés. La lecture de certains commentaires de blogueurs à propos de ces textes est révélatrice, à cet égard, de la diversité de la population qui fréquente cet espace dit de "libre expression".

Nous y trouvons des opinions vigoureusement approbatrices des arguments exposés dans l'article ou, à l'inverse, résolument réprobatrices, les propos nuancés sont plus rares. Si les écrits restent corrects et argumentés nous ne pouvons qu'en être satisfaits. Par contre les commentaires peuvent très fréquemment devenir le théâtre d'altercations violentes, voire même haineuses. L'insulte imbécile prend alors rapidement le dessus sur toutes les formes de raisonnements, au moins tolérants à défaut d'être pertinents. 

 

En conclusion, comme l'écrit Cédric Citharel, le Net devient souvent un espace virtuel où il est très facile d'insulter, bien planqué à l'abri de son écran d'ordinateur, des personnes qui ne partagent pas votre avis et qui deviennent forcément des "enculés", des "salopes", des "salauds", des "enfoirés" et des "sacs à merde", ceci pour vous faire entrevoir un échantillonnage des politesses échangées en ces lieux.

 

Il faut donc se méfier du Net, aussi bien du point de vue de l'expression des opinions  politiques que de celui de la véracité des informations proposées, quelles qu'en soient la nature. Il ne vous reste donc plus qu'à effectuer par vous même un véritable travail d'investigation journalistique, c'est-dire à mettre en oeuvre votre discernement, votre esprit critique et votre curiosité, ceci est également vrai pour les autres médias, bien évidemment. 

 

Bon courage ! 

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