Virtuel 30 Arthur : les divagations

par Michel Carlué  -  6 Mai 2010, 12:23  -  #L'écriture

 

- Mon comportement vis à vis de ma compagne avait assez rapidement glissé vers ce que l'on pourrait nommer une sorte d'indifférence. Je crois que c'est le mot le mieux adapté. Je ne là regardais plus. Je finissais par ne plus avoir aucune attention pour elle. J'étais devenir un mur auquel elle se heurtait en se blessant de plus en plus cruellement.


mur-pierre-seche

 

 

- Vous ne vous parliez plus ?

 

- Oui c'est aussi cela, nous n'échangions plus rien à propos de nos enfants, du travail, des actualités politiques, des évènements sociaux et culturels. En fait, je suis maintenant persuadé que j'en ai été le seul responsable. Je prends actuellement conscience que ma compagne m'avait souvent sollicité pour rétablir un contact qu'elle devait ressentir comme de plus en plus ténu. Mes réponses froides et succinctes à ses tentatives réitérées l'avaient finalement découragée.

 


796215924

 

 

- Vous n'aviez plus de rapports affectueux et amoureux ?


- Pour parler franchement je dirais oui. J'avais oublié les gestes de tendresse, les caresses, les paroles douces et réconfortantes qui entretiennent l'amour. J'avais également tué mon désir d'elle. Nous avions finalement adopté une attitude détachée l'un vis à vis de l'autre, moi par égoïsme, focalisé que j'étais sur ma personne et ma volonté de réussite professionnelle et elle profondément affligée par mon attitude de plus en plus distante.


48208881 m

 

 

- L'histoire de votre couple est douloureuse mais terriblement banale et d'actualité, par les temps qui courent.


- Ariane, je crois que j'ai suffisamment parlé de mes problèmes. Ils ne sont finalement pas grand chose par rapport aux vôtres. Puis-je me permettre une question très directe et voire même abrupte : comment vivez vous le fait d'avoir une terrible menace suspendue au dessus de la tête ?

 

 

loup agr

 

 

- Je tente de détourner le plus possible mon attention de cette maladie incurable. Je me dis que je risque d'être plongée assez rapidement dans un état de totale dépendance. Je me persuade que chaque instant de ma vie actuelle doit être vécu avec intensité, comme si c'était le dernier. Alors, comme je ne peux plus me déplacer comme je le souhaiterais, je me suis tout naturellement tournée vers une activité que j'avais toujours rêvée de pratiquer sans jamais en avoir eu le temps : l'écriture. Ma profession de bibliothécaire me prédisposait à cela, vous comprenez ?

 


écriture

 

 

- Je comprends très bien, l'évasion par la création littéraire, ce que vous ne pouvez faire à l'aide de votre corps défaillant vous le réalisez à la force de votre mental, c'est cela ?


- Oui j'écris au jour le jour, je publie mes articles sur un blog. Ils intéressent un petit nombre de personnes sincères et qui me comprennent. Je récolte quelques commentaires sympathiques. Ils m'aident à surmonter les phases les plus critiques de ma fragile existence. La virtualité a du bon pour moi. Elle devient un peu l'équivalent de ce que pourrait-être un jour la téléportation, elle me permet d'aller vers les autres alors que j'en suis physiquement peu capable.

 

 

teleport

 

 

- Quel thème abordez vous dans votre récit ?


- J'écris une histoire qui pourrait être la mienne. Celle d'une jeune femme gravement atteinte dans son corps. Elle tombe amoureuse et cache à celui qu'elle aime, tant que cela lui est possible, la terrible fatalité qui la menace. Elle vit une histoire d'amour brûlante, passionnée et en quelque sorte désespérée. Elle est seule à percevoir l'aspect dramatique de la situation. Mon récit pourrait s'apparenter au scénario du film "Love Story" à la différence que l'héroïne de mon texte romancé ne voudra pas infliger à l'homme qu'elle aime l'image de sa déchéance physique. Elle rompra délibérément avec lui avant qu'il ne soit trop tard, quitte à donner une image négative d'elle même à l'être qu'elle chérit. 

 


lovestory

 

 

Voila, je suis allée assez loin dans les détails, je n'avais que très rarement écrit des messages aussi longs. Dulac, c'est votre nom ?


- Certainement pas, j'ai beau être totalement béotien en matière de messagerie instantanée, je n'aurais jamais utilisé mon vrai nom. Dulac c'est Lancelot du Lac, vous comprenez la subtilité ?


- Votre nom est Lancelot ?


- Non pas du tout, mais par contre Lancelot était mon premier pseudo sur JRN, ne cherchez pas à comprendre, c'est parfaitement idiot. En fait mon vrai prénom est Arthur.


- Je vois, vous êtes donc à la quête de votre Graal.

 

 

graal-copie-1

 

 

- Oui, en quelque sorte, je suis à la recherche du fil d'Ariane conducteur de ma vie, je me suis égaré dans un labyrinthe obscur et qui me semble inextricable. 

 

 

oekaki 36995 0

 

 

- Le fil d'Ariane, très drôle, mais je n'ai aucune ligne de conduite à vous proposer. J'ai déjà suffisamment de difficultés avec ma pauvre enveloppe corporelle. Je vais être obligé de vous quitter, mon portable se manifeste bruyamment à mon attention. Merci beaucoup pour cette conversation très agréable et sincère, c'est tellement rare ici. 


- C'est moi qui vous remercie Ariane, vous ne pouvez imaginer à quel point ce dialogue m'a fait du bien. Vous gardez toujours le même pseudo ? 


- Oui bien sûr, ne vous inquiétez donc pas. Si je ne me manifeste plus sur le tchat c'est que la maladie m'aura définitivement rattrapée. Mais je vais me battre pied à pied, soyez en certain.

 

 

mort2kc4

 

 

- Battez vous Ariane, ne lui faîtes aucun cadeau. Je vous embrasse, à bientôt.

 

 

 

bari 09/05/2010 00:47



avec tout ça, la suite se fait attendre...



Michel Carlué 09/05/2010 14:46



Elle va arriver t'inquiètes ..........


La prochaine héroïne est en train de murir, pas la diacétylmorphine mais le personnage féminin !


Son prénom ? Héouiénon, Hermouise, Elruine, je n'arrive plus à me souvenir de ce que j'avais décidé, mince alors