Douloureuse interrogation (2)

par Michel Carlué  -  26 Mai 2011, 07:00  -  #Billet d'humeur

 

 

justice

 

 

Suite à l'article que j'ai écrit hier à propos des relations entre les hommes de pouvoir et la justice, je vous transmets ici deux autres points de vue. L'un est l'expression d'un auteur anonyme qui s'est expliqué par courriel sur le site Web du journal "Le Populaire du Centre" et l'autre est le point de vue d'une amie, en réaction à mes propos d'hier.

 

 

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Avis du lecteur du Populaire du Centre

 

Sectarisme


Merci, Pazmany (pseudo d'un autre lecteur intervenu précédemment par courriel sur le même journal), d'avoir porté à notre connaissance les états d'âme, partiellement abjects, de M le Député UMP Debré, en réaction à "l'affaire DSK". Mieux que quiconque, un professeur agrégé d'urologie est apte à mesurer les stigmates d'un rapport sexuel non consenti sur une femme, quelle que soit sa nationalité. Accuser DSK d'avoir été "une fausse valeur" relève de la psychiatrie, sauf à être également agrégé en sciences économiques. Il y a un demi-siècle, une assistante américaine nous instruisit longuement sur le soi-disant puritanisme américain, et sur la politique économique ultra libérale basée uniquement sur le profit et le dogme du "chacun pour soi". Cela n'a pas changé, et les inflexions apportées au fonctionnement du FMI par DSK n'ont pas eu l'air de plaire aux banquiers américains. Les pays émergents, de même que certains pays européens en grande difficulté ne se plaignent pas de sa politique. Est-il déjà oublié qu'en 2007 les militants du PS lui préférèrent une candidate pour l'élection présidentielle ? D'aucuns disent que la candidature de DSK n'était pas souhaitable, car le PS n'avait pas envie de prendre le pouvoir. Alors oui, attaquons un homme sur sa libido, mais pas sur sa valeur intellectuelle connue dans le monde entier. Oui, condamnons le bling-bling d'où qu'il vienne. Pour une fois montrons-nous intelligents comme nous le prétendons ; nous éviterons ainsi des sourires teintés d'ironie.

 

 

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Avis de mon amie    

 

 

Je suis d'accord avec vous en ce qui concerne l'impunité de nos hauts dirigeants. Par contre je trouve scandaleux la justice "spectacle" américaine. 

J'ai été marqué par l'affaire Dills et j'avoue que, maintenant, je me dis que ce n'est pas parce que l'on a une tête de coupable, qu'on agit comme un coupable, qu'on est coupable. 

Je fais parti de ceux qui n'écartent pas le complot. DSK est loin d'être un idiot, il a quand même enseigné le droit international à Stanford ! Il connait bien la justice américaine. Il voyage tout le temps et comme par hasard il se fait gauller dans le pays le plus répressif en matière de moeurs. Sa réputation "pseudo-séducteur" fait que les gens qui le connaissent ne sont pas vraiment étonnés. C'est clair que si on l'avait trouvé dans sa chambre avec 3 rails de coke ça aurait été moins crédible pour le faire tomber. 
Cette histoire c'est comme offrir du bon miel à la bonne mouche, au bon endroit, au bon moment.

Je trouve que cette affaire tombe à point. A qui profite cette sordide histoire ? 

J'attends de voir... 

 

 

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En conclusion  

 

Il s'avère que la justice américaine fait dans la démonstration théâtralisée, d'autant plus humiliante pour le "présumé coupable" qu'il est situé plus haut dans la hiérarchie sociale. Sans doute avons nous là l'expression d'une différence culturelle importante entre une jeune démocratie aux pratiques brutales et nos démocraties européennes vieillissantes, encore imprégnées des pratiques des anciens régimes qui les ont précédées. Il est incontestable que, en dépit de ses défauts, le système américain a tout de même permis la destitution d'un président de la république maffieux à l'issue de l'affaire du Watergate, en l'occurrence Richard Nixon.

 

DSK est d'une intelligence exceptionnelle, nul ne peut le contester. Cependant ce brillant économiste est mêlé à une affaire qui se trouve à cent lieues de ses compétences et de ses facultés de raisonnement. Il faut bien distinguer l'intelligence, issue des zones les plus nobles du cerveau, et les pulsions instinctives. Il est possible que DSK se soit fait piégé, bien que je n'adhère pas vraiment à cette hypothèse. Il semble plus crédible, et je ne suis pas le seul à penser comme cela, que notre homme serait à double facette. Son néocortex cérébral exceptionnel lui permettrait de briller dans le monde des hautes sphères politiques internationales et son système limbique prendrait assez souvent le dessus dans ses relations avec les femmes et cela jusqu'à lui faire perdre totalement sa lucidité, sa raison et surtout le respect pour les personnes du genre féminin. La conscience de son pouvoir surdimensionné aggraverait probablement le phénomène : "je suis puissant et je peux donc me le permettre". 

L'appartenance de DSK à l'écosystème bling-bling ne plaide pas non plus en sa faveur et je ne vois pas en quoi il se différencierait fondamentalement en cela de notre monarque actuel. Est-il réellement proche des préoccupations triviales du peuple français ? La question reste ouverte.

Une dernière interrogation : pourquoi la jeune journaliste qui avait été violemment agressée physiquement par notre brillant économistelors d'une interview qu'il lui avait accordée il y a de cela quelques années, n'a-t-elle jamais porté plainte ? Nous connaissons la réponse à cette question : la mère de cette jeune femme était une députée PS. Il aurait été plus profitable à DSK que la jeune femme ait entamé cette démarche juridique. Cela aurait peut-être permis à notre impulsif pathologique de prendre conscience de ses limites, de se faire soigner et de finalement parvenir à maîtriser ses pulsions sexuelles. Le parti socialiste n'en serait probablement pas où il en est aujourd'hui, à se déchirer en querelles intestines inutiles, détestables et désespérantes, comme il en a la fâcheuse habitude, en particulier à l'approche d'échéances électorales particulièrement importantes.

 

Un détail : ne pas oublier de parler d'une jeune femme de 32 ans qui se nomme Nattissatou, mère d'une petite fille de 9 ans elle vit dans un trois pièces du Bronx. Elle travaille au Sofitel de Times Square comme femme de ménage depuis trois ans. Elle est d'origine guinéenne. Jorge Tito, son patron, dit d'elle qu'elle donne entière satisfaction, tant en ce qui concerne son travail que son comportement. 


Qui se préoccupe de ce qui est arrivé à Natissatou, dans la chambre 2806 du Sofitel, le samedi 14 mai, à 12 heures ?

 


 

loup agr