Pierrot Men

 -  #album

Extrait d'un texte du Journal La Croix, rédigé par Piette Cochez

 

Sa vie est une aventure, tragique et heureuse. Elle inspire ses photographies. Cette vie s’est construite avec des morts, des rencontres et des victoires. L’histoire de ce photographe, reconnu internationalement, est racontée dans son dernier recueil de photos, Les Couleurs de Madagascar (1). C’est un vrai roman malgache fait de voyages, de morts précoces et d’enfants fidèles. Pierrot Men est le fils d’une Franco-Malgache et d’un Chinois de Nankin qui avait fui l’invasion japonaise au début du siècle dernier.

 

PÂTISSIER, PHOTOGRAPHE, PEINTRE...

Il a construit sa vie à Fianarantsoa, d’abord comme élève au collège, puis comme pâtissier, photographe de mariage et, pendant dix-sept ans, peintre. « J’utilisais un appareil photo et je peignais à partir de mes photos. Un ami m’a dit que mes photos étaient dix fois plus intéressantes que mes peintures. C’est ce qui m’a convaincu de me concentrer sur la photographie. La pratique de la peinture m’a aidé à cadrer, à comprendre les lumières » explique-t-il.

Il exerce son art autour de sa ville. Depuis le village de Soatanana, ses photos des hommes et des femmes tout de blanc vêtus, adeptes du « Réveil des apôtres », sont saisissantes. Des fantômes ou des anges. Parfois, dans les villages reculés, sa peau claire le fait prendre pour un étranger, un « Vazaha ».

 

UNE MAISON QUI RESSEMBLE À UN VIEUX CHALET SUISSE

Pierrot Men habite toujours à Fianarantsoa, à plus de neuf heures de route de la capitale malgache. Quand il sort, avec son appareil, son atelier de photographie est tenu par l’un de ses cinq fils. La boutique, d’un autre âge, est située dans une maison qui ressemble à un vieux chalet suisse. Elle a abrité une boulangerie, puis un hôtel. On peut y consulter les clichés du photographe.

Pierrot Men ne se sent pas isolé à Fianarantsoa. Internet lui permet d’être connu dans le monde. Mais il a pris une résolution pour cette année : celle de bouger de sa ville. Pour découvrir un peu mieux son île. Il est parti, la semaine dernière, à Antsiranana (l’ancien Diego-Suarez), dans le nord de l’île, pour enseigner la photographie à une classe du collège français. « Nous sommes allés photographier le sacré. C’est quelque chose de très important, sur l’île, le sacré. Ce peut être une cascade ou un lac, comme un bâtiment ou un village. Ce peut être la fête de la circoncision qui regroupe des centaines d’enfants une fois tous les sept ans. Ici, les grandes personnes croient au sacré dans leurs vies. Cela explique une partie de notre difficulté à entrer dans le monde moderne. »

 

« JE SENS QU’IL Y A DES GENS TRÈS MALHEUREUX »

Pierrot Men estime que son pays « pourrait être un paradis. Il suffirait de peu pour qu’il le devienne. » Ses photos parlent de la difficulté des Malgaches à vivre.« Je sens qu’il y a des gens très malheureux en ce moment. Derrière mes photos, il y a un certain drame qui se cache. »Ce qu’il aime le plus, c’est photographier les habitants de son île. « À ce moment-là, on peut aller à l’essentiel des choses. À travers un sourire, un peuple, on connaît mieux un pays. »

Pierrot Men ne réalise pas vraiment que son travail est connu beaucoup plus loin que sur son île. Ces photos, il les fait d’abord pour lui. Mais elles sont aussi exposées à la galerie Capazza, à Nançay, en Sologne. « Depuis le temps, je conserve la même passion. Je suis un témoin de la vie quotidienne. Juste, une sorte de chroniqueur. »

Une de ses photos préférées montre une mère ajustant les cheveux de sa fille. Une sorte de tableau hollandais du XVIIe siècle. « Cette photo-là est très juste, très tendre. J’étais chez des paysans et j’allais faire une photo de la fille quand sa mère est arrivée pour arranger encore ses cheveux, pour qu’elle soit plus jolie. »

Devant la faillite de son pays natal, le photographe ne veut pas devenir un politique. Il est juste un témoin de son île, sensible à sa beauté. Tout de même, il lâche que « de la première République jusqu’à aujourd’hui, il y a à peu près les mêmes têtes aux commandes du pays. Il faudrait un grand changement. »

 

Pierre COCHEZ (à Fianarantsoa)

 

La Croix du 22/1/2015

LIEN : http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Pierrot-Men-temoin-de-son-ile-2015-01-22-1271444

Grand photographe Malgache
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